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Miles Davis 1968-1975

Non Connecté cush
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Posté le 22/12/15 à 11:34
On peut dire que Miles Davis est le « père » de ce qu’on a appelé le Jazz-Rock, sorte de fusion des deux genres. Il est aussi, à mon avis, l’auteur des meilleurs albums dans cette catégorie, peu se hissant à son niveau. Ceux qui y parviennent sont pour la plupart passés dans son orchestre et ont joué à ses côtés. On pense à John Mc Laughlin, Herbie Hancock, Chick Corea, Joe zawinul, Jack DeJohnette, Tony Williams, Wayne Shorter… On rajoutera également Stanley Clarke et Billy Cobham qui ont réalisé aussi de bons albums, même s’ils ne sont pas passés chez Miles. Chacun pourra rajouter son musicien ou son groupe de Jazz Rock préféré dans cette belle liste…

Dans un premier temps je vais tenter de resituer dans un ordre chronologique la production discographique officielle des albums vinyles de Miles Davis, particulièrement les albums parus de son vivant ou d’importance majeure, lors de cette passionnante période électrique entre 68 et 75. Le mot vinyle est ici important car il y a eu depuis, de nombreux ajouts de la part de la maison de disque, sous forme de coffrets ou de complète CD qui augmentent considérablement la somme des enregistrements. La progression est donc chronologique et suit l’ordre des sessions d’enregistrements. Il n’est pas fait mention des musiciens, l’exercice deviendrait fastidieux. Je m’appuie, outre mes albums, sur un dossier réalisé par le journaliste Frank Bergerot pour le mensuel « Jazzman n° 42 ».

Certains albums compilent plusieurs séances d’enregistrement (Directions, Circle in the round, Get up with it…) Il ne faut pas en conclure que la musique y est moins intéressante, ce serait une grave erreur, n’y voir que des chutes de studio serait manqué de purs moments de bonne musique. De la même façon, certains enregistrements sont plus médiatisés (Bitches Brew), il ne faut pas en conclure qu’ils sont de meilleur niveau, « In a Silent Way » ou « Jack Johnson » sont certainement aussi bon, même historiquement sans doute plus important pour ce qui concerne « In a Silent Way ». Les enregistrements « Live » figurent dans la chronologie, les enregistrements Japonais de fin de période sont majeurs et « Live Evil » incontournable. Pour ce qui me concerne, j’ai vraiment du mal à hiérarchiser tout ça, j’y répugne par nature, préférant y voir une évolution se dessiner et embrassant cette magnifique période comme un grand « tout ».

L’année 68 est mentionnée à titre de complémentarité, les enregistrements de référence commencent à partir d’ «In a Silent Way».
Les titres sont mentionnés par ordre chronologique, les noms des albums sont en caractère gras.


1968

-Fun ,Water on the Pond, directions, ascent –“Directions
-Circle in the Round, Teo’s Bag, Side car, Sanctuary , splash- “Circle in the Round
-Paraphenalia, country Son, Black Comedy, Stuff, – “Miles in the Sky

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-“ Filles de Killimanjaro

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-Two faced, Dual Mr Tillman Anthony-“Water Babies

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1969 Miles, festival de Juan les Pins »



1969

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-“In a Silent Way

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-“Bitches Brew

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-Great Expectations/Orange lady – “Big Fun


1970

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-Miles Davis at Fillmore West: “Black Beauty

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-Miles Davis at Fillmore East-”At Fillmore

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-Call it anything-“Isle of Wight

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-“Live Evil “(Live & Studio)

-Lonely Fire , Go ahead John-“Big Fun

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-Guinnevere- “Circle in the Round

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-Willie Nelson, Duran, Kanda- “Directions

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-“Jack Johnson

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-Honky Tonk -“Get up with it

1972

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-“In Concert

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- “On the corner

- Ife-“Big Fun

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-Molester- “Isle of Wight

-Rated X, Billy Preston- “Get up with it


1973

-Red China Blues, Calypso Frelimo – “Get up with it

-Bif fun, Holly-wood –“ Isle of Wight


1974

-He love him Madly, Mtume, Maiysha “Get up with it

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-“Dark Magus


1975

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-“Agartha

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-“Pangaea


Non Connecté cush
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Posté le 22/12/15 à 11:57
Un petit texte déjà paru sur "le vinyle du mois", avant que la rubrique ne tombe en désuétude.

In a silent way (1969)

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Columbia – CS 9875 (18/02/69)

A Shhh / Peaceful ( Miles Davis) (18:19)
B1 In A Silent Way (Joe Zawinul ) B2 It's About That Time ( Miles Davis ) (19:53)

Bass – Dave Holland
Drums – Tony Williams
Electric Piano – Chick Corea, Herbie Hancock
Guitar – John McLaughlin
Organ, Piano [Electric] – Josef Zawinul
Tenor Saxophone – Wayne Shorter
Trumpet – Miles Davis

« John McLaughlin n'est guère rassuré lorsque est abordé en studio In A Silent Way, de Joe Zawinul. Miles trouve le morceau trop chargé et décide de tout jouer sur un accord pédale de mi majeur en confiant le premier exposé à la guitare. Il glisse à John McLaughlin : « Joue-le comme si tu ne savais pas jouer. » Tremblant de peur, observant Miles qui l'encourage du regard, le guitariste plaque alors le premier accord qu'apprend à jouer tout débutant, un mi majeur en première position avec cordes à vide. Partant de cet arpège, il égrène prudemment les notes de la mélodie, sans savoir que les bandes tournent déjà. Ainsi naquit l'ouverture rubato de In A Silent Way, frissonnante d'innocence et de dépouillement. »
Franck Bergerot, Miles Davis, Introduction au jazz moderne, Seuil, 1996.


L’année 1968 sera importante pour Miles Davis. Pour sa vie familiale et professionnelle. C’est l’année des rencontres, celle de Betty Marbry (pochette de Filles de Kilimanjaro ) qui deviendra Mme Davis et qui lui fera rencontrer Sly Stone et Jimi Hendrix. Ce qui ne sera pas sans incidences sur la mutation électrique de la musique de Miles.

Les musiciens qui le côtoient se renouvellent aussi, Miles est au centre de nombreuses rencontres qui seront le creuset d’un bouillonnement fécond de création. Les orchestres jouant lors des concerts et en studio sont différents. Le travail même en studio se transforme et peut faire penser à ce que fait déjà depuis longtemps Sun Ra, en jouant tout en laissant tourner les bandes d’enregistrement, et en assemblant ensuite des séquences sous forme de montages, donnant ainsi naissance à une musique qui en réalité n’a jamais été jouée sous sa forme enregistrée. Le rôle du producteur Téo Macéro devient prépondérant et son influence artistique grandit, c’est de sa complicité avec Miles, lors des nuits passées à mixer, que naîtra le « son ».

In a Silent Way a désormais plus de quarante ans d’âge et ce sont de jeunes musiciens assez peu connus qui alors, entourent Miles Davis. Le quintet qui jusqu’alors a accompagné Miles, jette ses derniers feux. Ron Carter, réfractaire au jeu électrique laisse la place à Dave Holland. Herbie Hancock laissera bientôt la place à Chick Corea et, un peu plus tard, Tony Williams à Jack de Johnette. Seul restera Wayne Shorter… Au gré des arrivées, des tournées et des départs, le groupe réuni ce 18 février a fière allure. On Remarque l’omniprésence des claviers et l’une des premières apparitions du piano électrique Fender Rhodes qui a lui seul, symbolise la couleur de ce qui sera appelé « fusion » ou « Jazz rock ».

Cet album marque les débuts de John McLaughlin aux côtés d’un jazzman de renom, venu du rock il apportera cette apport neuf et virtuose qui plaira tant à Miles. Souvent on symbolise cette couleur musicale par l’album Bitches Brew. C’est un raccourci un peu malheureux qui ne rend pas justice à In a Silent Way qui lui est antérieur et qui représente assez bien ce qui pourrait être le revers de Bitches Brew, son autre face, son complémentaire paisible et aérien. Il ne lui cède en rien en qualité et revêt même un caractère historique que ne peut revendiquer son successeur.

In a Silent way est un album « cool ». Il porte en lui l’héritage et la novation, mais c’est aussi un album-somme, la sonorité de Miles n’a pas tant que ça changé, son phrasé est toujours aussi subtil et sa sonorité toujours aussi pure, sans vibrato. La couleur de l’album représente une pure magie de légèreté, comme constitué de bulles d’air, s’affranchissant des lois de la physique : tout est atmosphère, éther et évanescence… En une année la musique de Miles a mué par petites touches et de lentes avancées graduelles au bout desquelles une nouvelle musique est née, jamais entendue et d’une grande beauté fragile.

Zappa, venu du rock lui répondra un peu plus tard avec « Hot Rats » !

Un album historique et fondateur, incontournable.

Non Connecté cush
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Posté le 22/12/15 à 12:04
Bitches Brew (1970)

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Enregistré du 19 au 21 août 1969 - Columbia – GP 26

A- Pharaoh's Dance J. Zawinul20:07
B- Bitches Brew M. Davis27:00
C1 -Spanish Key M. Davis17:30
C2 -John McLaughlin M. Davis4:23
D1- Miles Runs The Voodoo Down M. Davis14:03
D2 Sanctuary W. Shorter 10:54

Bass – Dave Holland
Bass [Fender] – Harvey Brooks
Bass Clarinet – Bennie Maupin
Drums – Charles Alias, Jack DeJohnette, Lenny White
Electric Guitar – John McLaughlin
Electric Piano – Chick Corea, Joe Zawinul (tracks: A to C1, D2), Larry Young (tracks: A, C1)
Percussion – Jim Riley
Soprano Saxophone – Wayne Shorter
Trumpet – Miles Davis

Ce qui frappe en premier lieu, c’est la beauté de la pochette créée par Mati Klarwein. On la devine symbolique, plus particulièrement quand elle s’offre déployée, pochette gatefold ouverte. On observe le jeu des oppositions, lumière/obscurité, jour/nuit, noir/blanc, eau/sang. Chez Miles il n’y a pas de vérité absolue, les contraires s’agitent en nous, chaque endroit a son envers et dans le bien se cache le mal, du noir naîtra le blanc. Dans ce jeu des contraires et des opposés, après l’aérien et volatile Silent Way succèdera le tempétueux Bitches Brew*, de terre, de rock et de feu !

*littéralement brouet de salopes, mais aussi jeu de mots avec Witches Brew, la potion de sorcières.


Miles a initié l’essentiel du virage, il a écouté Jimi Hendrix, Sly and the family Stone et James Brown. Mieux, il les a fait siens, les a digérés, en a extrait la quintessence. Il se métamorphose, se fait rock star, fini les costumes trois pièces, place aux couleurs, à l’excentricité, au psychédélisme et même au luxe et à la frime. Miles a déjà sa musique dans la tête, il sait exactement ce qu’il veut, il l’entend, elle vibre en lui, quelques suites d’accords écrites ici ou là… place à l’improvisation et à la spontanéité !

Il a sous la main son fantastique groupe de scène :Wayne Shorter, Chick Corea, Dave Holland et Jack DeJohnette, avec Miles à la trompette c’est l’un des plus talentueux quintet de l’histoire du jazz, mais pour jouer la musique que Miles entend, ça ne suffira pas.. Il pense à John McLaughlin, le guitariste idéal pour son projet, il a le son, le rythme, la griffe. Bennie Maupin sera le troisième souffleur, jouant exclusivement de la clarinette basse son apport est essentiel à la magie qui émane de Bitches Brew. Pour compléter Chick Corea au Rhodes il fait à nouveau appel à l’excellent Joe Zawinul, si précieux sur In a Silent Way, c’est, de plus, un compositeur apprécié par Miles, même si celui-ci a une fâcheuse tendance a déformer à l’extrême ses compositions. Le jeune Larry Young, compère de John McLaughlin au sein du Lifetime de Tony Williams viendra compléter l’armée des claviers le dernier jour des sessions.

La section rythmique va elle aussi être renforcée. Afin de libérer le précieux Dave Holland des contraintes rythmiques, Miles va lui adjoindre, en la personne d’Harvey brooks, un requin des studios spécialisé dans les rythmes rock et rhythm’n’blues. Pour seconder Jack DeJohnette, Miles fait appel à Lenny White, les consignes sont claires, il raconte « Miles est venu vers moi et m’a dit : Tu vois, Jack porte des lunettes de soleil donc c’est lui qui va être le meneur. Il va maintenir le beat et je veux que toi, tu joues tout autour de ce beat ». Charles Alias et Jim Riley sont (en fait) aux percussions complétant idéalement l’équilibre de la section rythmique.

Les deux faces du disque un, Pharaoh's Dance et Bitches Brew ne sont pas encore composées en entrant dans le studio, seul un canevas très simple a été conçu par Joe Zawinul pour le premier titre. Il en va différemment pour les autres pièces qui ont été jouées lors des concerts et qui bénéficient donc d’une bonne pratique de la part du quintet de base, ces titres possèdent , sinon leur structure définitive, du moins une ossature bien établie.

Pharaoh's Dance ouvre l’album, ce qui frappe en premier lieu c’est le rythme, et l’on comprend immédiatement ce que Miles a puisé à l’écoute de Sly Stone et de James Brown. La mise en place est parfaite et l’auditeur est immédiatement pris dans ce foisonnement rythmique régulier, répétitif mais riche en couleurs et en variations ce qui donne sens à l’importance du casting et à la distribution des rôles. L’homme aux lunettes de soleil est bien le pivot central autour de qui tout s’articule. La basse d’Harvey Brooks balance et ancre le navire dans les eaux du rhythm’n’ blues, tandis qu’on entend quelques envolées orientales, les Rhodes emplissent l’espace tandis que les solistes s’expriment à tour de rôle, esquissant des mélodies, électrisant l’ambiance, la trompette de Miles propulsée par cette rythmique déchaînée s’en va déchirer les aigus tandis que la clarinette basse de Bennie Maupin vous cueille et vous transporte, tout bruisse et foisonne, l’espace sonore est sans cesse en agitation, grouillant d’idées et d’innovations, le rythme funk et rock saisit l’auditeur et provoque une tension qui grandit par phase successives, provocant une sorte de transe, difficile de comprendre et d’analyser, d’ailleurs à quoi bon ? Cette première face est magistrale.

Bitches Brew compose la seconde face de l’album. Changement d’atmosphère et de tempo, Bitches Brew renvoie d’une certaine façon à In a Silent Way, le rythme est plus calme, Jack de Johnette maintient un tempo régulier tout en variant les motifs, Lenny White enrichit le beat par des roulements de tambours tandis que la basse de Brooks expose des riffs réguliers, la guitare électrique se fait aussi rythmique et la trompette de Miles ponctue le rythme en cris aigus, relayé par la clarinette basse, puis par le retour de Miles qui se lance dans un très beau solo soutenu par le groupe dans son entier. Lors des sessions Miles, tel un chef d’orchestre, est seul devant le groupe réuni en arc de cercle devant lui, et on peut entendre sa voix rauque prononcer distinctement, vers 7’38min, « Keep it like that » et quelques secondes après « Hey John » qui devait lancer un long solo du guitariste, qui sera par la suite expurgé du morceau par Téo Macéro et joué à la fin de la face suivante sous le titre « John McLaughlin ». Le morceau évolue ensuite en montées dramatiques ponctuées par la trompette de Miles, les solos de Zawinul, Wayne Shorter et Dave Holland, et en retombées plus calmes où tout semble se déliter, puis c’est le retour au thème exposé en début de morceau, comme pour suggérer un éternel recommencement…

Avec Spanish Key, Davis se met à l’heure espagnole, lui qui en a fait l’un de ses thèmes récurrents. La section rythmique au complet, incluant guitare et claviers, fourni un épais matelas sur lequel Miles dépose un très beau solo déclinant des accents ibériques, Wayne Shorter continue l’exploration mélodiques vers des envolées orientalisantes, fender et guitare assurent une transition improvisée entre les solos, la sonorité de la clarinette basse de Bennie Maupin fait merveille ici, apportant une touche exotique et mystérieuse, une vraie réussite !
Le morceau suivant John Mclaughlin est un pur témoignage de l’amitié que porte Miles Davis au guitariste prodige. On l’a dit, c’est en fait une des parties initialement prévue pour être intégrée sur Bitches Brew, elle est dévolue à un long solo de John dont on remarque la vélocité bien sûr mais aussi la musicalité. Peut-on rêver meilleur accompagnement rythmique ?

Miles Runs The Voodoo Down, le titre est sans nul doute un clin d’œil à Jimi Hendrix, que Miles a côtoyé et admiré et dont il a même revendiqué l’influence. Cette pièce a déjà été jouée en live de nombreuses fois avec le quintet de scène, le morceau est donc rôdé, mais il faut tout de même le retravailler suite à l’adjonction de nombreux musiciens. C’est donc un blues comme son modèle sur Electric ladyland, mais un blues repensé qui bascule vers l’atonalité, ce qui permet d’insister sur la « blue note », on retrouve ainsi cette pulsion rythmique lourde typique du blues, tout en créant un espace comparable au free pour les improvisations des solistes. C’est un des sommets de l’album, dommage que la fin du morceau tombe un peu à plat, il semblerait qu’il doive continuer encore et encore…

Sanctuary est signé Wayne Shorter et cela s’entend, même après être passé sous les doigts de Téo Macéro. L’atmosphère dans laquelle baigne le morceau en entier est pleine de mystère et de mélancolie. C’est la trompette de Miles qui en porte toute la beauté inquiète, tandis qu’autour s’affairent la section rythmique et les Rhodes qui ponctuent et tapissent le décor, provocant une lente montée éruptive dramatique qui éclate en mille feux, achevant de la plus belle des façons ce jalon exceptionnel de la musique.

Tout aussi indispensable qu’In a Silent Way.

Non Connecté porige
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Posté le 22/12/15 à 14:14
Pour en savoir plus - même si Cush a remarquablement dit l'essentiel - le bouquin de Matthieu Thibault chez Le Mot et le Reste, et celui de Laurent Cugny "Electrique Miles Davis 1968-1975"

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Il y a aussi - très bel objet - l'édition coffret des 40 ans, avec des bandes live inédites et qui propose également un mix différent de l'album (qui selon moi n'apporte pas grand chose)

Non Connecté cush
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Posté le 22/12/15 à 14:54

porige a écrit :
Pour en savoir plus - même si Cush a remarquablement dit l'essentiel - le bouquin de Matthieu Thibault chez Le Mot et le Reste, et celui de Laurent Cugny "Electrique Miles Davis 1968-1975"

Il y a aussi - très bel objet - l'édition coffret des 40 ans, avec des bandes live inédites et qui propose également un mix différent de l'album (qui selon moi n'apporte pas grand chose)


Ah ben oui, mais le plus ici c'est que c'est gratuit!

Non Connecté cush
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Posté le 22/12/15 à 15:09
A tribute to Jack Johnson (1971)

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Columbia KC 30455 enregistré en avril 1970

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(Pochette de la première réédition sortie la même année que l'originale.)

Right Off 26:54
Yesternow 25:36

Séance du 7 avril 1970 (première piste et moitié de la seconde) :
Miles Davis - Trompette
Steve Grossman - Saxophone soprano
John McLaughlin - Guitare électrique
Herbie Hancock - Orgue
Michael Henderson - Basse électrique
Billy Cobham - Batterie

Séance du 18 février 1970 (moitié de la deuxième piste, à partir environ de 12:55) :
Miles Davis - Trompette
Bennie Maupin - Clarinette basse
John McLaughlin - Guitare électrique
Sonny Sharrock - Guitare électrique
Chick Corea - Piano électrique
Dave Holland - Basse électrique
Jack DeJohnette - Batterie

"Je suis Jack Johnson - champion du monde poids lourds ! Je suis noir ! Ils ne me laisseront jamais l'oublier. Je suis noir, pour sûr ; je ne les laisserai jamais l'oublier." Brock Peters (acteur)

Oui, Jack Johnson est le premier champion du monde de boxe de couleur, ça s’est passé en 1908, et son histoire se raconte. Elle intéresse même de très près Bill Cayton, cinéaste, qui décide de faire un film documentaire traitant de ce sujet. Il faut dire que la boxe était à l’époque une affaire de blanc, c’est un sport que l’on qualifie de « noble » avec, derrière lui, plusieurs siècles de tradition, alors qu’un noir puisse battre un blanc, le Canadien Tommy Burns, cela fait désordre, même en quatorze rounds. Ce match aurait pu ne pas avoir lieu, à l’époque, un blanc avait le droit de refuser de combattre contre un noir dans la catégorie des poids lourds. Heureusement il reste James J. Jeffries, boxeur blanc invaincu, il va sortir de sa retraite et rétablir la hiérarchie naturelle des choses, le combat se déroulera lors de la Fête Nationale, le quatre juillet 1910. Bon, bien, foin des traditions, c’est Jack Johnson qui gagna, et toute la communauté noire en paya le prix…Pour la bande son du docu, Cayton pense à un amateur de boxe, et même un ancien pratiquant : Miles Davis ! Celui-ci adhère tellement au projet qu’il écrira même quelques notes sur la pochette.

Le groupe de studio lors de la séance du sept avril est beaucoup moins touffu que celui qui enregistra Bitches Brew. C’est que Miles veut un son plus direct, plus percutant, plus rock. Ce sera le rôle dédié à John McLaughlin, il sera le garant de la filiation côté Hendrix, blues, punch et distorsion… Michael Henderson jouera dans le rôle du bassiste soul qui groove imperturbablement, Billy Cobham carré et puissant, Steve Grossman second couteau et Herbie Hancock qui fit, pour la première fois de sa vie, la rencontre… du fameux piano électrique Fender Rhodes, il raconte : « Les autres jouaient, et moi, j'appuyais sur tous les boutons sans qu'un seul son sorte du clavier. Soudain, les notes se mettent à vivre ! » Cobham : " Au milieu d'une phrase, je le vois se lancer sur les touches avec son bras entier, son coude et sa main grande ouverte. Il découvrait l'instrument en direct. " Hancock : "Miles a changé ma vie. Il m'a appris le courage. Avec lui, impossible de bluffer. Si la peur te faisait jouer machinalement, il ne disait rien, mais un seul de ses regards suffisait pour que tu te retrouves dans la peau d'un traître."

La première face est composée d’un seul morceau, Right Off, qui n’a plus grand-chose à voir avec la sophistication de Bitches Brew. Ici nous sommes en territoire rock, c’est simple, c’est beau et c’est grand. Seule compte l’énergie, c’est ça le rock : une pile alcaline ! Teo Macero a joué des ciseaux et de la colle, il semblerait que Miles ait juste supervisé, on entend distinctement les parties et ça le fait, et même carrément bien !

Tout commence par John Mc Laughlin, en quelques riffs bien sentis on sent la sauce à laquelle on va être mangés, si d’emblée on n’est pas saisi, inutile d’insister, mieux vaut changer de galette, autrement, si tu adhères, tu prends dans les dents près de vingt-sept minutes d’un premier round haletant dont le vainqueur est James Brown… On raconte que pour la première partie du morceau c’est John McLaughlin qui a lancé les riffs introductifs, rattrapé par les autres musiciens, tandis que Miles discutait avec Teo Macero… Miles, justement on l’entend beaucoup, c’est rare et ça fait du bien, jeu acéré, ciselé, tranchant… Et ce pont, vers le milieu du morceau, un tour du sorcier Macéro, il a enregistré Miles, seul, exécutant un solo qu’il a ajouté aux vibrations inquiétantes d’un Rhodes, comme un saut dans un monde parallèle… C’est Steve Grossman qui nous ramène sur le ring, la sonorité du soprano vous percute et vous saisit, électrisant vos méninges. Le Rhodes d’Herbie, en quelques accords plaqués, relance la machine à décompter les rounds… Puis c’est Mc Laughlin, très à l’honneur, qui zèbre l’espace de ses riffs répétitifs, solide, sous le battement des tambours de Billy Cobham, toujours à l’attaque, fougueux et précis.

Yesternow compose la seconde face de l’album, bien que ce ne soit pas indiqué dans les notes de pochette, il y a bien deux groupes différents qui ont joué sur ce morceau, artificiellement réunis en un seul par Téo Macéro. L’ambiance change et se fait plus calme, la basse électrique et la trompette jouent avec les espaces et les silences, en une progression lente dans laquelle le clavier trouve des intervalles dans lesquels il va se glisser, puis Billy Cobham s’intercale… La guitare remplace la trompette qui a tracé ses derniers signes de ponctuation, les tambours roulent, rôde le Rhodes qui s’invite dans le lointain, remplissant l’espace sur lequel le soprano s’élance, poussé par la rythmique qui s’amplifie… Vers le milieu du morceau un extrait de Shhh/Peaceful provenant d’In a silent way est inséré, créant un contraste entre les ambiances opposées. On retrouve également incrusté le même solo que Miles enregistra sur l’autre face. La fin du morceau est donc joué par un orchestre différent, on retrouve cette partition sous le titre Willie Nelson sur les enregistrements live de la même époque.

Un dernier artifice de ce bon Téo nous fait entendre la fameuse phrase dite par l’acteur Brock Peters d’une voix grave : "I'm Jack Johnson - heavyweight champion of the world ! I'm black ! They never let me forget it. I'm black all right; I'll never let them forget it."
L’album le plus rock de la période électrique. Sans promotion, car Columbia misa sur le « live at Fillmore » pourtant d’accès plus difficile, il ne se vendit pas trop à sa sortie mais s’est bien rattrapé depuis.
Un autre « must ».

Non Connecté porige
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Posté le 22/12/15 à 16:20
Prends ça dans ta gueule

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Posté le 23/12/15 à 09:23
Black Beauty / Miles Davis at Fillmore West ( 1973)

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Black Beauty Part I 23:46
Black Beauty Part II 18:22
Black Beauty Part III 17:15
Black Beauty Part IV 21:28

CBS/Sony – SOPJ 39-40
Recorded in April 10, 1970 at Filmore West, San Francisco

Drums – Jack DeJohnette
Electric Bass – Michael Henderson
Electric Piano – Chick Corea
Percussion – Airto Moreira
Soprano Saxophone – Steve Grossman
Trumpet – Miles Davis


Cet album fut édité en 1973 mais enregistré en avril 70, peu de temps avant les enregistrements au Fillmore East qui paraîtront, eux, juste après Bitches Brew. Cet album sortira sous la forme d’un double LP original japonais. Un seul titre en quatre parties est indiqué sur les quatre faces. En fait le groupe de Miles reprend une grande partie de Bitches Brew ainsi que quelques pièces déjà travaillées en studio. Voici les titres qui figurent sur ce double LP (une comparaison rapide avec le répertoire indiqué sur le CD, m’incite à penser que Sanctuary est tronqué sur celui-ci) :

Directions (10:46) Miles Runs the Voodoo Down (12:22)
Willie Nelson (6:23) I Fall in Love Too Easily (1:35) Sanctuary
It's About That Time (9:59) Bitches Brew (12:53)
Masqualero (9:07) / Spanish Key/The Theme (12:14)


Le groupe lui aussi est modifié. Des changements importants sont effectués. Le remplacement de Dave Holland à la basse par Michael Henderson, bassiste de Stevie Wonder, annonce un virage plus rock, dans la lignée d’Harvey Brooks. Le jeune Steve Grossman au soprano a ainsi été accueilli par Miles Davis : « Tu es le premier enfoiré de blanc à jouer dans mon groupe, J'espère que tu te sens à l'aise.» La tache est rude et même colossale, remplacer Wayne Shorter, qui est parti fonder Weather Report avec Joe Zawinul, n’est pas chose aisée, malgré tout son mérite et son indéniable talent, Steve Grossman n’y arrivera qu’à demi. Pour ajouter de la puissance à la rythmique, Airto Moreira est incorporé à l’orchestre aux côtés du fidèle Jack Dejohnette.

Ce soir là au Fillmore West Miles jouait un concert en première partie du Grateful Dead. Pourtant l’enjeu était de taille: il y avait un monde entre les enregistrements en studio et les performances live, surtout pour accéder à ce stade de perfectionnement millimétré qu’il avait atteint avec Téo Macero. C’est un peu comme s’il avait le sentiment de ne partir de rien, où celui de plonger dans le réel après avoir inventé et joué la musique idéale, touchant du bout du doigt la perfection et se heurter à un phénomène non reproductible hors d’un studio…

Il faut cependant relever le défi, Miles fera comme il sait faire, il va jouer sa nouvelle musique, la défendre. Il endosse tout naturellement le rôle du chef d’orchestre et agit sur celui-ci comme il le fait avec son instrument, dressant son corps entre lui et le public. Cette façon de faire sera parfois prise pour de l’arrogance, plus tard, on lui reprochera de tourner le dos à son public… Mais pour l’heure il s’agit de l’apprivoiser ce public, pour ce faire, et afin de ne pas le désorienter, Miles prend le parti d’exposer clairement chaque thème de façon à le faire reconnaître aisément, comme une bouée qu’on lui lance afin qu’il ne s’y perde pas, c’est que la musique jouée ce soir là, pour belle qu’elle soit, semble filer seule, comme guidée par elle-même, suivant sa propre route, se développant en une longue suite qui ne semble jamais vouloir s’arrêter. Ce sentiment à l’écoute est augmenté par le fait qu’il n’y a aucune interruption entre les morceaux et que les interventions du public ont été gommées sur l’album.

Directions, le morceau écrit par Joe Zawinul, ouvre les concerts de Miles depuis 1968, Miles ne faillira pas à la règle. D’emblée on remarque quelques caractéristiques fortes de l’album, l’omniprésence de Chick Coréa, l’excellente forme de Miles dans les solos et le manque d’épaisseur de Steve Grossman qu’il compense par une générosité hors du commun. Le climat s’installe avec aisance, l’auditeur se retrouve au centre d’un tourbillon de vélocité et de dextérité propre à lui faire perdre ses repères … Très vite s’enchaîne la seconde pièce, Miles Runs the Voodoo Down, le groove funky s’installe et Michael Henderson s’impose avec classe à l’acquiescement de son auditoire. Jack DeJohnette explose avec virtuosité de tous ses feux, le morceau se poursuit en un duo improbable entre Chick Coréa et Steve Grossman, ils se libèrent en jouant des envolées free inattendues aux côtés de Miles, le Rhodes sature, crie, geint laissant à penser que l’on vient de croiser Sun Ra…

Miles revient, carré, la rythmique refait surface…Willie Nelson apparaît dans le nouveau répertoire de Miles faisant part belle à la basse hypnotique de Michael Henderson, Chick Coréa improvise à nouveau longuement, soutenu par la rythmique, jusqu’à l’exécution du standard I Fall in Love Too Easily qui s’enchaîne avec Sanctuary de Wayne Shorter et son climat aérien, propice aux improvisations, la trompette de miles s’y déploie avec lenteur et pointillisme en de courtes phrases, brèves et répétées, puis reformulées avec concision, une note à nouveau strie l’espace, se répète et explore ces territoires inconnus…

It’s about that time est également une création de 69, c’est une nouvelle plongée dans le Miles électrique très rock, Steve Grossman s’en sort ici très bien et offre un de ses solos les plus convaincants.

La version de Bitches Brew, on s’en doute, est éloignée de la version studio, mais son exécution ici reste tout à fait passionnante, très funky et balancée, tout bouge et tout groove, Jack de Johnette garde la maison avec autorité, le rythme de la basse est survitaminé par les interventions cadencées de Corea qui apporte encore une valeur ajoutée d’importance, en amplifiant la tension qui habite le morceau. Miles n’aura plus qu’à poser son solo pour créer l’explosion finale…

Masqualero est ici exécuté pour la dernière fois en public, ses accents ibériques conviendront bien à Chick Coréa qui saura s’en souvenir lorsqu’il sera leader de son propre groupe. Jack Dejohnette s’empare de la part du lion et enlève le morceau, son drumming est effréné, les cymbales sont sollicitées sans cesse et il relance la machine constamment, alimentant inexorablement les montées incandescentes de l’orgue de Chick Coréa. Aux percussions Airto Moreira se montre très prolixe, ajoutant la couleur et la saveur brûlante du piment ibérique, d’autant qu’il est l’heure de Spanish Key ! Il se murmure que ce sont là les "Sketches of Spain" débarrassés des atours voulus par Bill Evans… Quoiqu’il en soit, ces espagnolades s’inscrivent avec bonheur dans la continuité de l’album, et, tandis que s’égrainent les dernières notes de The Theme, on constate avec surprise que le temps s’est contracté et qu’une autre dimension s’est installée… C’est là le pouvoir caché de la musique de Miles Davis. « Oh man ! » Crie un spectateur à la fin de l’album…

Cet album s’améliore au fil des écoutes, on finit même par aimer ses petites faiblesses, un beau titre pour un album rare.

Non Connecté cush
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Posté le 28/12/15 à 20:24
Miles Davis at Fillmore (1970)

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Wednesday Miles 24:14 Thursday Miles 26:56 Friday Miles 28:00 Saturday Miles 22:31

Bass – Dave Holland
Electric Piano – Chick Corea
Organ – Keith Jarrett
Percussion – Airto Moreira
Drums-Jack DeJohnette
Soprano Saxophone – Steve Grossman
Trumpet – Miles Davis

Recorded live at the Fillmore East, N.Y. - du 17 au20 juin 70 - Columbia – CG 30038

Cet album a été enregistré environ deux mois après « A tribute to Jack Johnson » mais a été publié à l’époque juste après Bitches Brew, il en exprimait donc la continuité. Bitches Brew s’étant particulièrement bien vendu, « At Fillmore » bénéficiera d’un lancement publicitaire porté par de gros moyens engagés de la part de Columbia. Son tirage sera également très important, il est donc aisé de se le procurer sous sa forme originale encore aujourd’hui. A tribute to jack Johnson, pourtant d’un accès plus facile car plus immédiat, plus rock, ne bénéficiera, lui, paradoxalement, d’aucun soutien commercial…

Cette proximité avec Bitches Brew se manifeste particulièrement, dans la forme et dans la production. Téo macéro est aux manettes et, plus qu’un autre, « ce live » n’en est pas tout à fait un. Tout a bien été enregistré en public, bien sûr, mais le travail en studio a été particulièrement minutieux, les ciseaux et les collages ont particulièrement fonctionné, en comparaison, Black Beauty est beaucoup plus naturel et conforme à la réalité d’un live. Pour s’en convaincre il suffit d’observer les titres des morceaux tels qu’ils sont apparus alors sur la pochette :

1/ Wednesday Miles (24:17)
2/ Thursday Miles (26:57)
3/ Friday Miles (27:58)
4/ Saturday Miles (22:25)

Voici maintenant comment ils sont apparus sur un double CD parus des années plus tard :

CD 1
1. Wednesday Miles: Directions
2. Wednesday Miles: Bitches Brew
3. Wednesday Miles: The Mask
4. Wednesday Miles: It's About That Time
5. Wednesday Miles: Bitches Brew/The Theme
6. Thursday Miles: Directions
7. Thursday Miles: The Mask
8. Thursday Miles: It's About That Time

CD 2
1. Friday Miles: It's About That Time
2. Friday Miles: I Fall In Love Too Easily
3. Friday Miles: Sanctuary
4. Friday Miles: Bitches Brew/TheTheme
5. Saturday Miles: It's About That Time
6. Saturday Miles: I Fall In Love Too Easily
7. Saturday Miles: Sanctuary
8. Saturday Miles: Bitches Brew
9. Saturday Miles: Willie Nelson/The Theme

Le travail de Téo Macéro s’affiche clairement, certains titres apparaissent quatre fois, mais à l’écoute l’auditeur n’en prend pas conscience. La première raison, c’est que d’un soir à l’autre la musique change et n’est jamais la copie conforme de la veille, la seconde raison c’est que Téo n’a pas cherché à rendre (comme sur Black Beauty) les thèmes et les morceaux identifiables, mais a privilégié une unité artistique comparable au travail exécuté sur Bitches Brew. Le résultat final est stupéfiant et d’une très grande beauté, mais il demande une grande attention de la part de l’auditeur, ce qui en fait un album assez difficile à appréhender.

Côté groupe de scène, on retrouve une ossature habituelle avec jack DeJohnette à la batterie, Dave Holland à la basse, Chick Coréa au piano électrique et Airto Moreira aux percussions, le saxophoniste Steve Grossman, arrivé depuis avril, effectue ici son dernier enregistrement et sera bientôt remplacé par Gary Bartz, la principale nouveauté c’est l’arrivée de Keith Jarrett, le plus souvent à l’orgue farsifa (à gauche) qui double le piano de Chick Corea (à droite). Pour ce qui est du répertoire « live » on entend pour la première fois des versions du standard «The Theme » et de «The Mask ».


Sans surprise, les moments les plus intenses sont ceux où Miles Davis s’exprime en solo, bien soutenu par le groupe. Son sens de la concision fait merveille, chacune de ses interventions est intense, pure et semble intemporelle. Il est en pleine possession de ses moyens, au meilleur de sa créativité et joue avec une densité exceptionnelle. Pas nécessairement en virtuose véloce, comme le faisaient autrefois Clifford Brown ou Fats Navarro, mais souvent en jouant avec les espaces et les silences. Le « son » de son instrument agit tel un récepteur de « l’inouï » dans l’espace.

Il est bien soutenu en cela par Jack DeJohnette et Dave Holland. Très carré, Jack déploie une activité de métronome, épousant la volonté de Miles de produire un son très funk sans pour autant se contenter d’un rythme binaire perpétuel. Il peut aussi devenir créateur et montre qu’il sait dialoguer avec ses partenaires et décrocher des rythmes fixes. En cela il s’entend à merveille avec Dave Holland, celui-ci est particulièrement brillant en solo, il s’y montre innovant et inventif, particulièrement quand l’opportunité lui est donnée de sortir d’un cadre funky trop rigide, il aime prendre de la distance avec une trop grande simplification rythmique. Airto Moreira se montre zélé, non seulement aux percussions mais aussi en intervenant sur différentes flûtes ou sifflets, ajoutant des couleurs essentielles ici.

L’absence de guitare est sans doute dommageable. John Mc Laughlin avait su se montrer un élément tellement important dans la création du « son » de Miles qu’il manque, malgré l’arrivée de Keith Jarrett. Celui-ci se montre un interlocuteur avisé de Chick Coréa (qui n’aura jamais joué aussi bien qu’avec Miles). Aux côtés de Charles Lloyd, Keith jouait même alors, de temps en temps, dans un registre free, il ne faut donc pas s’étonner de le voir ici s’encanailler aux côtés de Chick pour apporter un grain de folie à cette musique. Certains le regretteront peut-être, mais pour d’autres ce sera pur bonheur, il sait aussi, à l’occasion se montrer délicieusement « funky ».

Quatre concerts condensés chacun en une face, pour y entendre le meilleur. Moins immédiat que Black Beauty, il n’en est pas moins indispensable.

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Posté le 28/12/15 à 23:05
Merci beaucoup Cush, c'est un vrai plaisir de lire tes lignes !

Non Connecté cush
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Posté le 29/12/15 à 00:04

youpitralala a écrit :
Merci beaucoup Cush, c'est un vrai plaisir de lire tes lignes !


Merci youpitralala, pour dire vrai ces lignes datent un peu, je les ai juste un peu remaniées, en tout cas je suis ravi qu'elles t'intéressent!


porige a écrit :
celui de Laurent Cugny "Electrique Miles Davis 1968-1975"

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Ce livre m'intéresserait diablement, mais impossible d'en trouver un à vendre sur le net! Si quelqu'un a une idée pour se le procurer n'hésitez pas à me contacter...

Non Connecté cush
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Posté le 30/12/15 à 05:47
Directions (1981)

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1. Song of our Country (G. Evans) - 3:24
Enregistré le 11 mars 1960 à New York.
Musiciens : Miles Davis: trompette; Gil Evans: chef d'orchestre; Paul Chambers: contrebasse; Jimmy Cobb: batterie; Elvin Jones: percussions; Ernie Royal, Johnny Coles et Bernie Glow: trompettes; Frank Rehak et Dick Nixon: trombones; Jimmy Buffington, Joe Singer et Tony Miranda: cors; Bill Barber: tuba; Jack Knitzer: basson; Albert Block et Harold Feldman: flûtes, Romeo Penque: oboe; Danny Bank: clarinette; Janet Putnam: harpe.

2. 'Round Midnight (B. Hanighen - C. Williams - T. Monk) - 7:41
Enregistré le 22 avril 1961 au Blackhawk à San Francisco.
Quintet : Miles Davis: trompette; Hank Mobley: saxophone ténor; Wynton Kelly: piano; Paul Chambers: basse; Jimmy Cobb: batterie.

3. So Near, So Far (T. Crombie - D. Green) - 5:15
Enregistré le 16 avril 1963 à Hollywood, Ca.
Quintet : Miles Davis: trompette; George Coleman: saxophone ténor; Victor Feldman: piano; Ron Carter: basse; Frank Butler: batterie.

4. Limbo (W. Shorter) - 5:31
Enregistré le 9 mai 1967 à Hollywood, Ca.
Quintet : Miles Davis: trompette; Wayne Shorter: saxophone ténor; Herbie Hancock: piano; Buster Williams: basse; Tony Williams: batterie.

5. Water on the Pond (M. Davis) - 7:01
Enregistré le 28 décembre 1967 à New York.
Sextet : Miles Davis: trompette; Wayne Shorter: saxophone ténor; Herbie Hancock: piano; Buster Williams: basse; Joe Beck: guitare; Tony Williams: batterie.

6. Fun (M. Davis) - 4:09
Enregistré le 11janvier 1968 à New York.
Quintet : Miles Davis: trompette; Wayne Shorter: saxophone ténor; Herbie Hancock: piano; Buster Williams: basse; Tony Williams: batterie.

7. Directions I (J. Zawinul) - 6:48
Enregistré le 27 novembre 1968 à New York.
Sextet : Miles Davis: trompette; Wayne Shorter: saxophone soprano; Herbie Hancock: piano électrique; Chick Corea: piano électrique; Joe Zawinul: piano; Dave Holland: basse; Jack DeJohnette: batterie.

8. Directions II (J. Zawinul) - 4:51
Enregistré le 27 novembre 1968 à New York.
Musiciens : Miles Davis: trompette; Wayne Shorter: saxophone soprano; Herbie Hancock: piano électrique; Chick Corea: piano électrique; Joe Zawinul: piano; Dave Holland: basse; Jack DeJohnette: batterie.

9. Ascent (J. Zawinul) - 14:41
Enregistré le 27 novembre 1968 à New York.
Musiciens : Miles Davis: trompette; Wayne Shorter: saxophone soprano; Herbie Hancock: piano électrique; Chick Corea: piano électrique; Joe Zawinul: piano; Dave Holland: basse; Jack DeJohnette: batterie.

10. Duran (M. Davis) - 10:58
Enregistré le 7 février 1970 à New York.
Musiciens : Miles Davis: trompette; Wayne Shorter: saxophone soprano; Dave Holland: basse; Bennie Maupin: clarinette basse; John McLaughlin : guitare électrique; Billy Cobham: batterie.

11. Konda (M. Davis) - 14:07
Enregistré le 21 mai 1970 à New York.
Musiciens : Miles Davis: trompette; Airto Moreira: percussions; Keith Jarrett: piano électrique; John McLaughlin : guitare électrique.

12. Willie Nelson (M. Davis) - 10:21
Enregistré le 7 février 1970 à New York.
Musiciens : Miles Davis: trompette; Steve Grossman: saxophone soprano; Dave Holland: basse; John McLaughlin : guitare électrique; Jack DeJohnette: batterie.

Il s’agit bien d’une anthologie regroupant des enregistrements qui couvrent une décennie d’inédits et de versions alternatives de notre trompettiste favori. Ces sessions d’enregistrements commencent avec "Sketches of Spain" et s’achèvent avec " Jack Johnson". Tous les titres présents sont de qualité, aucun déchet ni morceau faible, pas de rebus. Ce double LP est donc tout à fait recommandable, mais attention, on peut trouver également ces mêmes enregistrements au détour des « complètes » qui entourent désormais presque chaque album, en édition CD toutefois. Nous sommes donc bien là en face d’un exercice de marketing à but essentiellement commercial, il n’y a aucune unité de ton entre les différents enregistrements présents, tellement la musique de Miles a évolué et s’est modifiée au cours du temps, par contre c’est le nec plus ultra des chutes de studio, la qualité musicale est absolument remarquable et justifie amplement l’édition de cet album.

Dès les premières notes de Song of our Country il est aisé de deviner de quelles sessions provient l’extrait proposé. L’emphase dramatique et la patte de Gil Evans suffisent à en déterminer l’origine. La question qui suit est évidente, pourquoi ce morceau ne figure t-il pas sur l’album d’origine ? Et là pas de réponse… Mais il est désormais inclus dans les rééditions du chef d’œuvre, cette pièce délicate et subtile s’intègre en effet avec bonheur dans le grand « tout » constitué par Sketches of Spain.

La reprise de 'Round Midnight au Blackhawk nous montre un Miles au top de sa forme, délivrant un fabuleux solo, jouant avec les temps et les silences, une nouvelle fois c’est du grand art ! Tous derrière et lui devant, il brille avec éclat, le son est clair, limpide, maîtrisé ! Le solo d’Hank Mobley qui suit semble d’un coup presque convenu malgré la rythmique de rêve, souple et aérienne …

So Near, So Far est plus ancré dans le be bop, Ron Carter à la basse emporte le morceau, créant un petit monde autour de sa pulsation rythmique, c’est le seul véritable inédit de l’album, impossible à trouver sur aucune autre complète ou compilation.
Les morceaux étant classés dans l’ordre chronologique nous voici déjà en 1967 avec Limbo provenant des sessions de Sorcerer, joué par son quintet de rêve, Tony Williams à la batterie éclate le tempo pour devenir cet alter égo du soliste, Herbie Hancock improvisant, tandis que Buster Williams avec ses lignes de basse, soutient l’édifice …Et l’on mesure en quelques titres le chemin effectué, vers ce nouvel équilibre fragile et fascinant, une forme de perfection ainsi trouvée.

La seconde face s’ouvre avec Water on the Pond qui représente un changement dans la trajectoire de Miles Davis, c’est la seconde session où il intègre le guitariste Joe Beck dont la présence symbolise les changements en cours. Pas de révolution chez Miles, tout se fait en douceur, par une succession de petites touches qui, les unes ajoutées aux autre finissent par créer un style nouveau, une musique différente. Nous sommes là au début du processus. D’une certaine façon, les séances de Sorcerer et Nerfertiti ont montré une certaine prédominance de la rythmique dont le rôle s’est émancipé, à partir de décembre 67, un changement significatif va opérer, l’arrivée conjointe d’une guitare et une nouvelle façon d’enregistrer la musique. Il ne s’agit plus de sélectionner les meilleures prises mais d’assembler des « morceaux » de sessions. On expérimente donc… Joe Beck improvise tandis qu’Herbie Hancock joue de deux claviers différents, un Hohner et un piano électrique Wurlitzer, le même que celui entendu sur « Riders on the storm », clin d’œil qui mérite d’être précisé. La ligne de basse soutient le tout, Miles et Wayne improvisent donc ici en dehors d’un thème précis…

Fun est enregistré le onze janvier de l’année suivante, malgré le manque de précision sur les notes de pochettes il semblerait qu’une guitare double les notes de la basse, ce morceau est également le fruit d’un montage.

Les morceaux qui suivent sont tous extraits de la session de novembre 68, deux versions de Directions et Ascent, des compositions de Joe zawinul. Celui-ci complète Herbie Hancock et Chick Corea aux claviers, annonçant déjà In a Silent way, et achevant une année créatrice majeure, où tout a basculé. On remarque aussi l’arrivée de Jack DeJohnette qui remplace pour la première fois, ici, Tony Williams. On peut également trouver ces morceaux dans les « Complete In a Silent Way Sessions ». Ces trois pièces sont absolument passionnantes et se montrent déjà précurseurs du chef d’œuvre à paraître. C’est arrivé au milieu de cette seconde face, après avoir remonté une partie de la décennie écoulée, que l’on mesure la plénitude du chemin accompli, le nécessaire aboutissement d’une démarche rigoureuse et exigeante qui se fixera dans la perfection d’In a Silent Way. D’ailleurs, Ascent, en apesanteur, en préfigure la beauté immatérielle, portée par les volutes de notes distillées par les claviers. Wayne Shorter au soprano tisse sa toile par petites secousses, accompagné par les bruissements de la batterie de Jack DeJohnette. La sonorité si pure de Miles dessine des gouttes de pluie cristallines qui gravitent dans les aigus, terminant leur course dans les cimes.

Les trois dernières compositions ont été proposées dans les "Complete Jack Johnson" sessions. Deux morceaux étant enregistrés avant et le troisième « Konda », un mois après l’enregistrement de l’album mythique. L’atmosphère change et se fait très rock sur Duran, contrastant avec le morceau précédent. On retrouve toute la verve et l’esprit de ces sessions très électriques. Le morceau s’articule autour de la basse électrique de Dave Holland, à la fois hypnotique et répétitive, et du battement riche et implacable de Billy Cobham. Tour à tour les solistes dialoguent avec cette pulsion rythmique très funky, cette pièce constitue un des sommets de cette compilation.

Konda, avec Airto Moreira aux percussions, nous rappelle qu’il y a peu, Miles Davis a rencontré le compositeur Brésilien Hermeto Pascoal. On entend ici un étonnant morceau où Keith Jarrett et John Mclaughlin se font complice d’une petite digression aux saveurs Sud Américaines.

Willie Nelson, que Miles aime tant jouer en concert, termine l’album de façon magistrale, concentrant le soul, le funk et le rock qui caractérisent cette période. Steve Grossman y dialogue avec la guitare de John Mclaughlin jusqu’à l’arrivée de Miles pour un solo magistral, arrivant à lui seul à faire de cette interprétation une version d’anthologie.

A nouveau un album indispensable pour les amateurs de vinyle.

Non Connecté youpitralala
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Posté le 30/12/15 à 23:06
J'attendais justement la petite histoire de ce disque que j'ai acquis tout récemment ! Et je confirme qu'il vaut le détour !
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