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Sun Ra

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 05/01/16 à 11:11
Sun Ra Lanquidity (1978)

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Lanquidity 8:19
Where Pathways Meet 6:30
That's How I Feel 8:09
Twin Stars Of Thence 9:30
There Are Other Worlds (They Have Not Told You Of) 10:58

Philly Jazz Inc. – PJ666 – 1978

• Alto Saxophone, Oboe, Flute – Marshall Allen
• Baritone Saxophone – Julian Presley
• Baritone Saxophone, Flute – Danny Thompson
• Bass – Richard Williams
• Bass Clarinet, Flute – Ego Omoe
• Bassoon, Flute, Oboe – James Jacson
• Congas [Congo Drums], Timpani – Artaukatune
• Guitar – Dale Williams (2), Disco Kid
• Percussion – Luqman Ali, Michael Anderson
• Tenor Saxophone – John Gilmore
• Trumpet – Eddie Gale
• Trumpet, Flugelhorn – Michael Ray
• Voice – Edde Tahmahs, James Jacson, June Tyson, Sun Ra


Plus que tout autre, Sun Ra est une bibliothèque, il a parcouru, lu et écrit l'histoire du jazz, de l’intérieur, il a vécu les évolutions et participé aux révolutions. Membre actif de cette longue histoire, depuis la fin des années trente où il côtoie déjà les jazzmen de renom.

Sa route est semblable à nulle autre. Il réussit tous les défis : maintenir en vie un grand Orchestre pendant de longues décennies, créer un label indépendant, vivre de façon autonome de sa musique sans jamais vendre son âme, épouser les modes en gardant intacte sa personnalité artistique. Il est aussi précurseur de la musique électronique, passeur vers la musique la plus libre, brisant les académismes et les contraintes, promoteur du renouveau de la musique Africaine, de ses rythmes. Il faut encore ajouter poète, philosophe, gourou et sorcier cosmique…Sun Ra est tout ça et sans doute plus encore…

Il a commis, parmi de multiples ballons d’essai lancés aux quatre coins des mondes de la musique, quelques disques-somme, comme des phares ou des bouées, ici et là placés, pour ne pas se perdre, pour baliser le chemin. On pense à The Nubians Of Plutonia, The magic city, The Mystery of being ou Lanquidity. Tout au long des décennies la musique de Sun ra reste rapidement identifiable, il y a des couleurs qui l’habitent, une unité de style qui la caractérise. C’est une musique sereine qui dépasse les genres, vous prend par la main, vous guide et vous emmène…

Ce disque de 1978 cumule les qualités parfois éparses sur d’autres albums. En plus de la maîtrise de la composition et de l’orchestration, on retrouve les rythmes bouillonnants bien sûr, mais aussi cette musique « spatiale » qui vous emmène et vous déplace. Ici, au pays de lanquidity, il faut rajouter la perfection du son, des arrangements et de la production. On y trouve aussi une ouverture vers le « Space-Jazz-Rock ». Si l’on y entend de multiples influences, elles sont toutes digérées et dépassées grâce à la baguette intersidérale de notre Grand Mage. Bien sûr Sun Ra n’a pas attendu Miles Davis pour utiliser des moogs et autres synthés, c’est même lui le précurseur, celui qui a montré la voie, au détour d’une vibration, d’accords plaqués, répétés, avec la lenteur adéquate, on sent l’appropriation, mieux : la fusion, peut-être la présence des guitares, l’éclatement des tensions… C’est un voyage qui vous est ici proposé, appuyez sur le bouton « On » (oui, le vert) et c’est parti…

Ce disque est un cinq étoiles, une par titre : Lanquidity figure un univers flottant dans lequel on se déplace, immatériel, il se dessine au fur et à mesure de notre cheminement, en une longue parade qui avance majestueusement et s’écoule lentement tel un long fleuve qui se révèle être en apesanteur. La rythmique est de plomb mais nous sommes liquide, vapeur et fumée, paradoxe apparent digne de la complexité du Grand Céleste. Tout change, évolue, se transforme dans cette onirique traversée.

Where Pathways Meet et That's How I Feel sont funkys, dansants : rythmes syncopés, riffs envoûtants, deux guitares et une basse électriques, trois batteurs, trompette stridente d’Eddie Gale et solo de feu de John Gilmore (That’s how I Feel)… Artau Katune, Mickaël Anderson, Luqman Ali et Richard Williams bâtissent une armature solide, répétitive, un écrin rythmique velouté sur lequel les envolées les plus aériennes peuvent délicatement se poser. Pulsations élastiques, Funk et fusion, danse sur la braise !

Sur Twin Stars Of Thence, Sun Ra utilise un piano électrique Fender Rhodes qui accentue l’aspect électronique typique de cette décennie, échappant cependant à tous les clichés du jazz-rock servis à la louche à cette époque, tant la musique est personnelle et la démarche de Sun Ra unique. Danny Thompson et le son chaud du baryton en sont, entre autres, le garant.

L’album s’achève avec le fabuleux There Are Other Worlds (They Have Not Told You Of) où les voix se mélangent en une douce mélopée, profonde et hypnotique, en écho au morceau d’ouverture le voyage se prolonge dans un univers fantastique où les voix d’outres-mondes nous parviennent et chuchotent à nos oreilles… Tout se déstructure petit à petit, devient fêlure, cassure et fracture, la musique se fait atonale, seul reste le groove, la réalité s’efface en un monde abstrait, un autre monde, celui des épisodes à venir, car il n’est pas aisé de quitter ces contrées là sans en garder la nostalgie…

Ce disque représentant certainement une des portes d’entrée les plus évidentes pour aborder l’œuvre protéiforme du Grand Mage…

Bon voyage!



Non Connecté porige
Inscrit le : 21/06/15
Membre Disque d'Or
1415 messages
Posté le 05/01/16 à 11:44
attention ! Si tu te lances dans Sun Ra, c’est un puits sans fond... byg(re) !

cela-dit excellente chronique une fois de plus !!!! merci


Non Connecté porige
Inscrit le : 21/06/15
Membre Disque d'Or
1415 messages
Posté le 05/01/16 à 12:02
Celui là est mort de chez mort mais l'objet a un certain charme (la beauté de la décrépitude)

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Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 05/01/16 à 12:11

porige a écrit :
Celui là est mort de chez mort mais l'objet a un certain charme (la beauté de la décrépitude)

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Sauf erreur, c'est un original, à ce titre il mérite respect et restauration...
Les albums "Saturn" originaux de Sun Ra étaient bien souvent finis "à la main", voire entièrement confectionnés artisanalement pour ce qui concerne la pochette. Au niveau des écritures sur le label ça donnait un peu ce que l'on voit là...
Ensuite les albums étaient vendus à la sortie des concerts, parfois par les musiciens eux-mêmes, un disquaire de Chicago les refourguait également, on était bien loin de l'industrie, mais ça suffisait au Sun pour continuer à maintenir le Big Band à flot...
Inutile de dire que ces enregistrements d'époque cassent la baraque dans les ventes de nos jours!


porige a écrit :
attention ! Si tu te lances dans Sun Ra, c’est un puits sans fond... byg(re) !

cela-dit excellente chronique une fois de plus !!!! merci


J'ai quelques cartes en main...

Non Connecté in10k
Inscrit le : 06/10/11
Membre Double LP
583 messages
Posté le 05/01/16 à 15:34
Toujours aussi impressionnants et passionnants tes posts Cush ! (je radote, j'ai du te le dire déjà...)


cush a écrit :

J'ai quelques cartes en main...


Efectivement, t'as "quelques" sun ra qui traine sur tes étagères...

Perso, bien qu'ayant du mal avec le free en général (par manque de connaissances certainement), j'aime bien son album "Nothing is..." qui reste abordable musicalement je trouve.

J'attend la suite avec curiosité !!!


Non Connecté porige
Inscrit le : 21/06/15
Membre Disque d'Or
1415 messages
Posté le 05/01/16 à 15:56

cush a écrit :
J'ai quelques cartes en main...


Impressionnante ta collection

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 05/01/16 à 17:37

in10k a écrit :


Perso, bien qu'ayant du mal avec le free en général (par manque de connaissances certainement), j'aime bien son album "Nothing is..." qui reste abordable musicalement je trouve.

J'attend la suite avec curiosité !!!


En fait la période free de Sun Ra n'a été que passagère, s'immergeant dans le mouvement free majoritaire chez les jeunes musiciens à une époque, au milieu des années 60. Lanquidity par exemple n'est pas du tout un album free, comme je le disais plus haut il est même très accessible.
Les albums de Sun Ra de la fin des années 50 ne sont pas free non plus, même s'il a su créer un monde très personnel, ses enregistrements de cette période sont plutôt ancrés dans le bop ou le hard bop.
Par contre il est venu en Europe au beau milieu de sa période free jazz et depuis il conserve cette image dans le cœur du public. Sans doute ses albums les plus vendus datent également de cette époque...

Non Connecté lolivejazz
Inscrit le : 24/03/13
Membre Disque Diamant
3254 messages
Posté le 05/01/16 à 18:14

porige a écrit :
Celui là est mort de chez mort mais l'objet a un certain charme (la beauté de la décrépitude)

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Il est à toi ?
Faut pas le laisser dans cet état !
Je suis sûr qu'un p'tit tour dans la knosti permettrait de le ré-écouter...

Non Connecté in10k
Inscrit le : 06/10/11
Membre Double LP
583 messages
Posté le 05/01/16 à 18:45

cush a écrit :
(citation)


En fait la période free de Sun Ra n'a été que passagère, s'immergeant dans le mouvement free majoritaire chez les jeunes musiciens à une époque, au milieu des années 60. Lanquidity par exemple n'est pas du tout un album free, comme je le disais plus haut il est même très accessible.
Les albums de Sun Ra de la fin des années 50 ne sont pas free non plus, même s'il a su créer un monde très personnel, ses enregistrements de cette période sont plutôt ancrés dans le bop ou le hard bop.
Par contre il est venu en Europe au beau milieu de sa période free jazz et depuis il conserve cette image dans le cœur du public. Sans doute ses albums les plus vendus datent également de cette époque...


merci pour toutes ces précisions !!!

Non Connecté luxfan
Inscrit le : 03/04/12
Membre Disque Diamant
4236 messages
Posté le 05/01/16 à 18:51
J'ai peu d'albums de Sun Ra, 3 seulement dont le "Atlantis" de 1973 dont voici une photo du net, le mien est un original :

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Sur la face A l'ambiance est presque bucolique même si vers la fin les percussions montrent des signes de perturbations annonciatrices de ce qui va suivre sur la face B, en gros le chaos, je suppose que la musque illustre ce que montre la pochette......un mode voué à la destruction. Je ne sais plus quel jazz man (enfin si, je crois bien que c'est Miles Davis) a dit à un moment de sa carrière que ce qu'il faisait n'était plus du jazz mais simplement de la musique et que ce sont les journalistes qui persistent à qualifier sa musique de jazz. C'est un peu ce qui se passe sur ce disque. Mais Cush nous en parlera mieux (de cet album) j'espère bien.

Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 05/01/16 à 23:02

luxfan a écrit :
J'ai peu d'albums de Sun Ra, 3 seulement dont le "Atlantis" de 1973 dont voici une photo du net, le mien est un original


L'original date de 69, il est paru sur le label de Sun Ra: "Saturn Research". Il existe aussi une version colorée. La version impulse correspond à la première réédition. Par contre j'ai vu que tu avais rentré "Sound of joy" en double LP, je ne connais pas cette version à quatre faces...

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Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 06/01/16 à 10:10
Of Mythic Worlds (1980)

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Philly Jazz Inc. PJ1007-Enregistré au Festival de Jazz Ann Arbor, 1978

Mayan Temples 7:48 Over The Rainbow 5:15 Inside The Blues 5:45 Intrinsic Energies 8:40 Of Mythic Worlds 12:55

Sun Ra-org, syn, p; Marshall Allen, sx, fl, ob; John Gilmore-ts, perc; Eloe MEO-bcl, fl; James Jacson-BSN, fl, perc; Danny Ray Thompson-bs, fl; Richard Williams-b; Luqman Ali-d; Atakatune (Morgan Stanley)-perc.

Second album de Sun Ra à paraître sur le label indépendant Jazz Philly, après Lanquidity, c’est aussi un disque de l’année 78. Enregistré en public il est d’une veine toute différente, n’ayant pas l’unité artistique d’un concept album, il rassemble des performances accolées les unes aux autres ayant pour seule caractéristique commune d’avoir été jouées dans la même soirée. Il passe ainsi d’un genre à l’autre, ce qui n’enlève rien à l’intérêt des morceaux qui le composent.

Mayan Temples est le premier d’entre eux, il est très évocateur des préoccupations et de la musique de Sun Ra. Fasciné par les anciennes civilisations, le Sun les a étudiées avec passion, et, la civilisation Maya, avec ses mythes et ses mystères, n’a pu que le passionner. On retrouve le thème récurrent de la marche et de la procession dans sa musique. Ici, nul doute, l’auditeur gravit les marches majestueuses qui s’élèvent vers l’entrée du temple. Le rythme est lent, solennel, clarinettes basses, hautbois et basson escaladent chaque marche de la même manière répétitive, tandis que les flûtes s’entrecroisent et jouent des mélodies aériennes. Les percussions, si essentielles dans la musique de Sun Ra, entretiennent constamment la richesse et la variété des rythmes. Un très beau titre.

Le second Over The Rainbow est une reprise au piano du célèbre standard. Le maître se fait plaisir, accompagné par la basse de Richard Willian et la batterie du désormais fidèle Luqman Ali. Vélocité et sensibilité sont présentes au rendez-vous de cette prestation dans un registre très classique. Le même trio joue Inside the blues, précisément dans la tradition, l’interprétation est très carrée et même, pour ainsi dire, rock ’n roll!

Intrinsic Energies ouvre la seconde face, en compagnie de l’Arkestra. Sun Ra joue une assez longue introduction au piano électrique, accompagné par la section rythmique au complet. Marshall Allen à l’alto intervient ponctuellement pour effectuer une succession de solos assez courts, dialoguant avec l’orgue qui développe des envolées free.

Of Mythic Worlds fait part belle à John Gilmore qui développe un intense solo de ténor, dialoguant à son tour avec Sun Ra qui zèbre l’espace d’accords dissonants. Le ténor continue sa chevauchée folle, jusque dans le cri, mais toujours avec cette retenue qui caractérise son jeu, comme s’il était trop polissé, trop réservé, c’est d’ailleurs là tout le charme de John Gillmore, qui sous des aspects rassurants vous emmène mieux que quiconque vers des espaces inexplorés, comme par inadvertance... Sun Ra ne fait pas autant de manière pour exposer de complexes figures et d’improbables arabesques avec son orgue électrique. Remarquons avec amusement que sur les notes de pochettes il est écrit que « ces musiciens de jazz d’avant-garde » sont revendiqués comme étant la principale influence musicale du groupe de New Wave B-52s, comme quoi, le free mène à tout !

Sans être un album majeur, il reste cependant très intéressant et réserve de bons moments.





Non Connecté luxfan
Inscrit le : 03/04/12
Membre Disque Diamant
4236 messages
Posté le 06/01/16 à 11:23

cush a écrit :
(citation)


L'original date de 69, il est paru sur le label de Sun Ra: "Saturn Research". Il existe aussi une version colorée. La version impulse correspond à la première réédition. Par contre j'ai vu que tu avais rentré "Sound of joy" en double LP, je ne connais pas cette version à quatre faces...

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Merci pour ces précisions Cush, je n'ai donc pas l'original, c'est pas bien grave. Mon "Sound Of Joy" n'est pas un original, pas besoin d'être un spécialiste pour s'en rendre compte, il est sorti sur ce double album :

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Sur les faces 3 et 3 se trouve l'album "Sound Of Joy" :
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par contre sur les faces 1 & 2 rien n'est précisé, je n'ai pas fait les recherches, peut être (surement) sera tu nous dire d'où proviennent ces titres ? En tout cas c'est du bon :

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Voilà toute l'histoire, j'ai préféré intituler cet album "Sound Of Joy" plutôt que vol.14. Je vais de ce pas rajouter la photo de la pochette.



Non Connecté cush
Inscrit le : 18/02/11
Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 06/01/16 à 12:04

luxfan a écrit :


Voilà toute l'histoire, j'ai préféré intituler cet album "Sound Of Joy" plutôt que vol.14. Je vais de ce pas rajouter la photo de la pochette.


Voilà un mystère résolu ! ça piquait ma curiosité, un bon album ceci dit...

Non Connecté cush
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3279 messages
Posté le 07/01/16 à 09:37
Sleeping Beauty

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A1 Springtime Again 9:17
A2 Door Of The Cosmos 9:00
B Sleeping Beauty 11:51


Alto Saxophone, Baritone Saxophone, Percussion – Noel Scott
Alto Saxophone, Flute – Marshall Allen
Alto Saxophone, Tenor Saxophone – Hutch Jones
Baritone Saxophone, Flute, Percussion – Danny Ray Thompson
Bass Clarinet , Flute, Percussion – Eloe Omoe
Bassoon, Flute, Percussion – James Jacson
Congas – Stanley Morgan
Drums – Eddie Thomas , Reg McDonald
Drums, Vocals – Luqman Ali
Electric Bass – Richard Williams ,Steve Clark
French Horn – Vincent Chancey
Percussion – Atakatune
Piano, Electric Piano, Organ, Vocals – Sun Ra
Tenor Saxophone, Percussion, Vocals – John Gilmore
Trombone – Craig Harris , Tony Bethel
Trumpet – Curt Pulliam, Walter Miller
Trumpet, Vocals – Michael Ray
Vibraphone – Damon Choice, Harry Wilson
Vocals – June Tyson, Rhonda Blout

Voici réédité l’un des plus fameux albums de Sun Ra, enregistré en 1979 sous le label Saturn à une poignée d’exemplaires, il est vite devenu rare et mythique. Il faut dire qu’il mérite cet engouement, Sun Ra s’est sans cesse renouvelé, avec une sorte d’entêtement, creusant rarement le même sillon et explorant tous les possibles, cet album-ci en est un parfait exemple…

Singulier…Oui cet album est singulier, par la forme d’abord, l’album est court et la seconde face …euh piégeante ! En effet, malgré que ce ne soit signalé nulle part sur l’album, elle est enregistrée en 45 tours et contient les onze minutes cinquante du morceau titre…
Pas moins de vingt-huit musiciens embarqués dans la mission, des instruments acoustiques, mais aussi leur équivalent électrique, basse, guitare, Rhodes. Les percussions sont bien entendu au premier plan avec cloches, battement des mains et même un ancien tambour Égyptien. Les voix sont là également, chœurs à l’unisson et présence magique de June Tyson.

La dominante musicale de l’album prolonge un axe entraperçu sur Lanquidity, nous sommes plongés, entre rêve et réalité, dans une atmosphère paisible et comateuse, sans doute une description sonore de cet univers cosmique en apesanteur, où les corps se libèrent de leur masse pour se fondre dans un monde ouateux et cotonneux, entre mort et naissance s’ouvrent les portes du cosmos, acide-pyramide, bon trip garanti !

Springtime Again constitue le premier étage de la navette, Luqman Ali prend les choses en main : le tempo figure une berceuse, tout est caresse, cymbales et claviers célestes, chœurs lointains, le printemps renaît. John Gilmore et Marshall Allen sont fabuleux, leurs solos, portés par la basse électrique et les chœurs, figurent à merveille l’éveil et la renaissance, comme une résurgence de la vie survenue des profondeurs inexplorées…

Door of the Cosmos obéit à une autre urgence, le tempo est plus rapide et vit aux rythmes mélangés de la guitare et des claquements de mains, le chant de June Tyson s’élève dans la tradition du gospel, peu à peu le rythme se complexifie emporté par la puissance de la basse, les solistes de l’Arkestra se succèdent, on remarque plus particulièrement Michael Ray très incisif à la trompette qui est ici à son meilleur, ça groove et ça balance…

Après une introduction aux claviers par Sun ra lui-même, Sleeping Beauty dévoile sa … beauté cachée en un long parcours funky balisé par les claviers omniprésents du Sun qui dessinent des espaces moelleux aux contours mouvants dans lesquels le vibraphone et les vents de l’Arkestra s’intercalent et réinventent un monde fait de quiétude et de paix.

Vraiment un maître-album, visionnaire et intemporel…



Non Connecté cush
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Posté le 08/01/16 à 07:25
Strange celestial Road (1980)

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A - Celestial Road (7:02) Say (12:05)
B - I'll Wait for You (16:00)

Bass – Richard Williams , Steve Clarke
Drums – Luqman Ali, Reg McDonald
French Horn – Vincent Chancey
Guitar – Skeeter McFarland, Taylor Richardson
Keyboards – Sun Ra
Percussion – Artaukatune
Anches – Danny Ray Thompson, Eloe Omoe, Hutch Jones, James Jacson, John Gilmore, Marshall Allen, Noel Scott, Kenny Williams, Sylvester Baton
Trombone – Craig Harris , Tony Bethel
Trumpet – Curt Pulliam, Michael Ray, Walter Miller
Vibraphone [Vibes] – Damon Choice, Harry Wilson
Vocals – June Tyson, Rhoda Blount

Enregistré en 79 à New-York, cet album a été enregistré en même temps que "Sleeping Beauty", il a toutefois bénéficié d'une diffusion beaucoup moins confidentielle et a été plusieurs fois réédité. Curieusement il n'a pas la grace mystérieuse de Sleeping Beauty, même si c'est indiscutablement un bon album. Il se situe artistiquement lui aussi dans la lignée de Lanquidity. Il en a quelques caractéristiques fortes, la première, celle qui saute aux oreilles, c’est la présence d’instruments électriques, pas seulement les claviers et autres moogs, non les guitares, basse et rythmique. Le second point commun n’existe que sur la première face de cet album, c’est le parti pris "classique" de la musique jouée ici, afin d’en facilité l’accès au plus grand nombre, de la rendre plus populaire. La seconde face est plus aventureuse et ouvre d’autres portes…

Tout commence par un cri, cuivres et anches à l’unisson soufflent une note dans l’aigu, puis tout bascule, le rythme devient funky, les voix de June Tyson et Rhoda Blount (du patronyme réel de Sun Ra ) chantent la mélodie de Celestial Road. Sur une rythmique sans faille, bondissante et élastique Sun Ra délivre un solo de synthé aux sonorités venues d’outre espace, suivi par un solo de Damon Choice au vibraphone. Retour à nouveau aux chants à la fin de ce magistral premier titre.

L’intro de Say se veut étrange, quelques secondes encore et tout bascule en un joyeux barnum. Impossible de ne pas penser à Gato Barbieri, à la musique Brésilienne, à la danse, à la fête… Finalement rien d’étonnant, la musique de Sun Ra s’est toujours voulue festive, particulièrement lorsqu’elle est en représentation, l’aspect visuel a toujours été mis en valeur, costumes, acrobaties, lumières, danse et même transe. Bien sûr il y a aussi chez Sun Ra quelques profondeurs secrètes, mais ici l’heure est à la joie, aux rythmes latins, aux sonorités aiguës et joyeuses ! On peut penser aussi aux interprétations de Pharoah Sanders dont la musique religieuse et sereine visait à la félicité bienheureuse.

I'll Wait for You commence sur un rythme funky, les voix chantent et évoquent l’attente, l’amour et le voyage interstellaire… voir ce qui n’a jamais été vu, marcher où nul n’a posé le pied, cette découverte de l’inconnu est prétexte au Sun pour ouvrir les portes de son imagination et de sa créativité… Nous pénétrons dans un univers étrange où tout est distorsion, comme dans un rêve, les sonorités les plus inhabituelles figurent des contrées inexplorées, les espaces vierges, en dehors de la loi commune de l’espace et du temps, sont figurés par une cascade de sons, des montées sonores discordantes, des presque silences… Cette nouvelle dimension nous est suggérée par la force de la musique évocatrice voulue par le Sun, basse électrique en live, mais garante absolue de la tension et de la continuité, véritable bouée de secours pour ne pas se perdre, lumière lointaine qui montre le cap, mais tout reste distordu, claviers free, cuivres lointains et hurleurs, synthés aux sons électros étranges, vibraphone, écho…

Un bon Sun Ra qui nous montre plusieurs facettes de sa musique.



Non Connecté cush
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Membre Disque Diamant
3279 messages
Posté le 09/01/16 à 08:06
Sun Ra Quartet : New Steps & Other voices, other blues

La réédition: The mystery of being (2011)- Klimt Records - MJJ316- France (3LP)

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Les versions originales:
Other voices, other blues (1978) - Horo Records HDP 23-24 Italie (2LP)
New Steps (1978) - Horo Records HDP 25-26 Italie (2LP)

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Du 08 au 13 janvier 78 – Horo Records

A1 My Favorite Things
A2 Moon People
A3 Rome At Twilight
A4 When There Is No Sun
B1 Sun Steps
B2 Exactly Like You
B3 Friend And Friendship
C1 The Horo
C2 Sun, Sky And Wind
D1 Springtime And Summer Idyll
D2 Constellation
E1 One Day In Rome
E2 Bridge On The Ninth Dimension
E3 Along The Tiber
F1 Rebellion
F2 The Mystery Of Being

• Drums – Luqman Ali
• Keyboards, Composed By – Sun Ra
• Tenor Saxophone, Percussion – John Gilmore
• Trumpet, Percussion – Michael Ray


Outre le piano et le moog le véritable instrument de Sun Ra c’est son big band, l’Arkestra. Au détour d’un voyage en Italie, voilà qu’il le délaisse pour l’échanger contre une formule plus souple et assez inhabituelle pour lui, celle du quartet. Par n’importe lequel, non, un formidable groupe avec le grand maître lui-même aux claviers, l’extraordinaire John Gilmore au saxophone ténor et aux percussions, une jeune révélation à la trompette, Michael Ray, vingt-quatre ans et déjà une carrière de rockeur derrière lui et enfin Lugman Ali à la batterie.

Le quartet composera deux double albums, deux seront regroupés sur Other voices, other blues et les deux autres sur New Steps. Ces albums sont aujourd’hui difficiles à se procurer à prix raisonnable, fort heureusement, une réédition récente les propose, réunis dans un coffret de trois disques. Celui-ci est assez chiche, peu de renseignements hormis la composition du groupe et les titres. Il ne reprend pas non plus l’ordre originel des morceaux, car des quatre LP il n’en reste plus que trois, toutefois les titres sont cependant regroupés par album.

C’est donc l’album New Steps qui ouvre le coffret et de la plus belle des façons, une magnifique reprise de My favorite things. Y-a-t-il encore quelque chose à dire sur ce standard qui n'ait pas déjà été formulé par Coltrane, et bien il faut croire que oui… John Gilmore a les coudées franches et réussit à en faire une lecture à la fois nouvelle et passionnante. On ne dira jamais assez les mérites de ce grand saxophoniste, John Coltrane a lui-même reconnu la grande influence qu’il a eu sur son propre jeu, tout son talent éclate sur l’ensemble de ces enregistrements dont il assure pour une part l’intérêt. Son jeu empreint d’une grande technicité est mis au service d’une grande simplicité … Cet équilibre est constant dans sa façon de jouer, modeste économe et si brillant ! La partie de basse est assurée par la main gauche de Sun Ra qui créée une atmosphère de délicatesse et de douceur sur tout le morceau, tandis qu’au loin Michael Ray dialogue avec le saxophone…

Moon People sera l’une des seules escapades spatiales de Sun Ra qui joue du synthé sur un accompagnement de John Gilmore aux percussions et Lugman Ali à la batterie, nous voilà plongés quelque part entre Herbie Hancock et Weather Report, pour situer le cratère lunaire…

Rome At Twilight est un morceau calme voué à John Gilmore qui improvise avec maîtrise et surtout au piano de Sun Ra, très inventif et coloré, pour parachever l’effet feutré et intime de l’album Mickael a mis une sourdine sur sa trompette…

La douceur de l’ambiance se perpétue avec When There Is No Sun jolie ballade chantée, cotonneuse, atmosphère ouatée et sourdine sur rythme très lent … Sun Steps perpétue cette calme ambiance, sur un tempo régulier et minimal joué par Luqman Ali, Sun Ra improvise avec beaucoup de maîtrise un superbe solo de piano, très sensible et subtil à la fois, inscrivant un espace sur lequel les souffleurs pourront déposer quelques riffs bienvenus.

Exactly Like You est la seconde reprise de l’album, dans la tradition, d’où il vient et qui ne l’a jamais vraiment quitté, particulièrement vers la fin de sa vie … Friend And Friendship permet au duo de souffleurs d’exprimer leur verve et leur talent, Mickael Ray s’y révèle vraiment en pleine forme, la sourdine toujours présente donne beaucoup d’intensité à chacune de ses interventions, John Gilmore est magnifique comme d’habitude, tandis que Sun Ra plaque les accords à la main gauche et tricote de la main droite formant l’écrin sur lequel il n’y a plus qu’à se poser…

The Horo qui conclue l’album New Steps est ici couplé sur la troisième face du coffret avec Sun, Sky And Wind qui, à l’origine, se situe sur Other voices, other blues. Horo c’est à la fois le nom de la maison de disque Italienne qui produit l’album et aussi le nom des studios, à Rome, où Sun Ra enregistre ces albums. Ce titre s’inscrit parfaitement dans la continuité de l’atmosphère générale qui entoure ses sessions, calme, douceur, quiétude, harmonie, John Gilmore puis Mickael Ray nous offrent deux longs et beaux solos, improvisant l’un après l’autre, un dialogue avec Sun Ra, retenue et délicatesse…

Quinze jours d’intervalle sépareront les deux sessions d’enregistrements. Celles d’ Other voices, other blues dureront deux jours, unité de lieu, de personnel mais aussi d’ambiance et d’atmosphère.
Sun, Sky And Wind se déroule sur ce même tempo fait de calme et de sérénité, Sun Ra s’offre quelques envolées expérimentales assez barrées, faisant parfois penser à Cecil Taylor, mais un Cecil Taylor introspectif et méditatif…

Springtime And Summer Idyll c’est sans doute la douce chaleur de l’Italie qui inspire Sun Ra, ici aux synthé comme dans beaucoup de pièces sur cet album, Michael Ray le rejoint, cette fois-ci sans sourdine, le tempo s’accélère un peu, John Gilmore est acéré, l’ambiance vire funky et rythm’n blues, ce qui n’empêche pas Sun Ra de torturer son moog pour en tirer quelques sons inouïs comme il les aime.
Nous restons dans une approche expérimentale avec Constellation, une pièce avec un rythme curieux et intéressant joué par Luqman Ali, cette déconstruction est propice aux solos free et Mickael Ray ne s’en prive pas, rendant hommages à ses glorieux prédécesseurs tels Don Cherry et même Lester Bowie. John Gilmore lui aussi se lache sur les accords répétés de façon rythmiques par Sun Ra, mais c’est bien Mickael qui met le feu et nous replonge dans les plus belles années des explosions free les plus débridées !

One Day In Rome, Sun Ra au piano retrouve le blues, sans toutefois suivre la ligne traditionnelle, s’échappant sans cesse du modèle pour créer un à-côté vraiment stimulant, et nous voilà arrivé sur le Bridge On The Ninth Dimension, rythme lent pour cette traversée, le synthé plante le climat, puis les souffleurs avancent, sur le thème du voyage cher à Sun Ra, on retrouve les climats de Lanquidity, trompette en écho, on s’écoute et la traversée se poursuit, rythme lent, sentencieux et léger, Gilmore se fait aérien, il nous emmène… Soudainement tout s’accélère et se précipite, le voyage devient interstellaire, tourbillon, ivresse, le quartet fusionne en un bouillonnement free que perpétue le synthé soutenu par la seule batterie. Anche et Cuivre reviennent en apothéose nous déposer bel et bien dans cette neuvième dimension !

Retour sur terre pour Along The Tiber, incartade bop de haute volée qui met particulièrement en valeur notre trompettiste.
Rebellion nous propose à nouveau un Sun Ra au meilleur de ses expérimentations au synthé, défrichant l’espace sonore en créant un perpétuel bouillonnement des possibles qu’explorent John Gilmore et Mickaël Ray avec une constance et une curiosité sans cesse renouvelée, Luqman Ali lui tient le cadre et délimite l’espace avec maestria. Encore un morceau qui nous renvoie aux bonnes années !

The Mystery Of Being, le mystère de l’être termine ce voyage, nous voila invités à une grande cérémonie spatiale, dans la continuité du titre précédent qui ce prolonge ici avec beaucoup de solennité, voire même de pompe, mais classe, rien de pompier, ici. John Gilmore nous régale de son sens de la mélodie, une sorte de Coltrane économe, à la façon de Thélonious, c’est à la fois essentiel, beau et poignant… Mickaël est un peu plus torturé, dans l’urgence.

Nous avons là un superbe témoignage du bouillonnement culturel dans lequel baigne Sun Ra, un raccourci d’une grande partie de son immense univers musical, qui plonge dans l’histoire du jazz et du blues. Revers de la médaille, peut-être y verra-t-on un manque d’unité, si l’on enchaîne les deux doubles albums. L’exploration à laquelle nous sommes conviés est certes longue, mais très riche et particulièrement originale dans sa forme : le quartet est impressionnant.





Non Connecté cush
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Posté le 10/01/16 à 12:46
Reflections In Blue (1986)

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Black Saint 0101

Sun Ra - piano, synthesizer, vocals
Randall Murray - trumpet
Tyrone Hill - trombone
Pat Patrick - alto saxophone, clarinet
Marshall Allen - alto saxophone, flute, piccolo, oboe
Danny Ray Thompson - alto saxophone, baritone saxophone, flute, bongos
John Gilmore - tenor saxophone, clarinet, timbales
Eloe Omoe - alto saxophone, alto clarinet, bass clarinet
James Jacson - bassoon, Ancient Egyptian Infinity Drum
Ronald Wilson - tenor saxophone
Carl LeBlanc - electric guitar
Tyler Mitchell - bass
Thomas Hunter, Earl "Buster" Smith - drums

Enregistré au Studio machine Jingle, Milano, le 18 Décembre et 19, 1986.

A-"State Street Chicago"(Sun Ra) - 7:52
“Nothin’ from nothin’" (Pat Patrick)- 4:24
"Yesterdays" (Otto Harbach, Jerome Kern) - 7:4
B-"Say It Isn't So" (Irving Berlin) - 6:11
"I Dream Too Much" (Dorothy Fields, Jerome Kern) - 5:03
"Reflections in Blue" (Sun Ra)- 8:20

L’arrivée de Sun Ra sur le label Italien n’est pas vraiment une surprise, Black Saint s’est entièrement ouvert aux musiques les plus expérimentales, les plus audacieuses, enregistrant un grand nombre d’artistes à la marge de l’industrie, se créant une toute petite niche, dans laquelle nombre de musiciens, comme ceux de l’AACM (Association for the Advancement of Creative musicians), viendront enregistrer les témoignages de leurs avancées musicales. Non, la surprise (ou demi-surprise) c’est d’enregistrer sur ce label tourné vers l’innovation et l’avenir, un album de musique plutôt dirigé vers l’esprit d’avant-guerre, avec quelques références au bop sur la seconde face, quand même. Il faut dire que le vecteur de cet apparent paradoxe est tout de même Sun Ra, qui n’a en matière de recherche sonore , de leçons à ne recevoir de personne, et, il se trouve que justement, pour ce qui est de la musique pré-bop, c’est aussi l’un des rares à n’avoir non plus de conseils à recevoir de qui que ce soit, ayant vécu cette période en tant que dirigeant, déjà à cette époque, d’un grand orchestre. On comprend qu’ici c’est l’esprit de Fletcher Henderson et de Duke Ellington qui s’élèvera des sillons.

Une fois cet aspect de l’enregistrement intégré, cet album est un pur bonheur. L’un des privilèges que l’on ressent à l’écoute de cette musique c’est de voir réunis, et c’est rare et peut-être unique, à la fois l’esprit de cette musique ancienne, sa structure formelle, la très haute qualité de sa restitution par un orchestre d’un niveau musical sans équivalent, avec la finesse d’enregistrement et la richesse technologique de la musique actuelle, y compris par l’ajout d’instruments et de sons tout à fait inconnus à l’époque. Il est probable que seul Sun Ra pouvait s’atteler à cette tâche, sans qu’il n’y ait d’anachronisme.

La pochette est belle, on y voit Sun Ra vêtu à la façon d’un mage avec une tunique qui a des motifs représentant une façon enfantine de figurer l’espace, la tête surmontée d’une coiffe improbable, la barbe rousse et surtout ce regard à la fois chaleureux et malicieux…
Bon, ça swing fort sur State Street Chicago, derrière les solos de guitare, ténor puis trompette. Tout est en place au millimètre près. La sonorité du piano électrique de Sun Ra se marie à la perfection avec ces ambiances anciennes, la guitare style Django, les roulements de tambours un peu rétro, c’est sans doute là que s’est glissé la malice du sage…

Nothin’ from nothin’ composé par le fidèle Pat Patrick ne cède en rien à l’atmosphère du titre précédent, le rythme est encore plus enlevé et il devient impossible de ne pas taper du pied. La musique est tellement joyeuse et vive, elle véhicule tant d’images pleine de joie de vivre qu’elle semble avoir été inventée dans le seul but de semer rires et bonne humeur…

L’introduction aux claviers, imaginée par Sun Ra sur Yesterdays, est un petit chef d’œuvre de délicatesse finement ciselée. Le standard reprend vie et continue sur un tempo élevé. Randall Murray à la trompette attaque la ronde des solos, suivi par John Gilmore puis par Tyrone Hill au trombone et Carl LeBlanc à la guitare. Sun Ra tricote des motifs variés et colorés surgissant entre les solos, créant à chaque fois de nouvelles sonorités épicées de rythmes anciens.

Sun Ra continue son parcours nostalgique avec Say It Isn't So, sur un tempo moyen, on y entend des figures pianistiques inspirées par Thelonious Monk et un phrasé be bop pour les souffleurs, l’ensemble dans des arrangements typiques des années 50.

Le synthe de Sun Ra introduit la ballade de Jerome Kern I Dream too much avec un effet retro très emphatique, et, ma foi, bien à propos… Les vocaux ne sont pas attribués mais peut-être est-ce Sun Ra lui-même qui chante, lui qui d’habitude noie sa voix dans les chœurs.

Reflections in Blue est une reprise de l’un des premiers titres de Sun Ra que l’on retrouve sur Sound Of Joy de 57 ou Planet Earth de 58. Ici l’atmosphère est au bop tendance boogie, place à la danse, au rythme et à la joie de vivre !

Une plongée dans l’histoire du jazz exécutée de façon irréprochable.

Non Connecté cush
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Posté le 10/01/16 à 15:43
Ah tiens j'avais oublié de laisser un lien youtube, dès fois que quelqu'un passe par là...



I close my eyes... and see...
your hand ,your smile...
your joy in loving me...
We dance... we dance and sing...
We steal a touch of spring...
I dream of everything...
everything, everything we two have known...
and yet my dreams
yet my dreams
my dreams have shown me that...
perhaps I dream...
perhaps I dream too much alone too much alone...

Non Connecté luxfan
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Posté le 10/01/16 à 16:03
No Cush, you don't dream too much alone !

Chroniqueras tu le "Message from home" de 1995 (que j'ai en cd) produit par Bill Laswell ? Album qui débute par le titre "Our Roots (began in Africa)".

Ola ça va plus chez moi, "Message from home" est un album de Pharoah Sanders, j'ai confondus, faut dire qu'ils vont bien ensemble.

Non Connecté cush
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Posté le 10/01/16 à 16:30

luxfan a écrit :
No Cush, you don't dream too much alone !

Chroniqueras tu le "Message from home" de 1995 (que j'ai en cd) produit par Bill Laswell ? Album qui débute par le titre "Our Roots (began in Africa)".


Je ne connais pas cet enregistrement, mais SRa est décédé en 93, ces enregistrements datent de quand? J'ai peu de CD de Sun Ra, moins d'une dizaine... par contre j'ai des enregistrements CD où Pharoah Sanders joue dans l'Arkestra... En fait je privilégie surtout les vinyles !
Le premier jet de ces chros date de 2011/2012, je les retravaille un peu avant de les mettre en ligne.
En ce moment j'écoute pas mal de psyche de 2015, ça me prend du temps, mais d'un autre côté y'a pire pour s'occuper, n'est-ce pas?
J'essaierai de vous envoyer un petit bilan de tout ça, chez"le facteur" ou dans la rubrique "psyche", mais c'est surtout devenu un repaire youtube.

Non Connecté cush
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Posté le 12/01/16 à 13:19
Sun Ra : The Magic City (1965)

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1."The Magic City" – (27:22)
2."The Shadow World" – (10:55)
3."Abstract Eye" – (2:51)
4."Abstract I" – (4:08)

"The Shadow World", "Abstract Eye" et "Abstract I" Enregistrés live au loft Olatunji's à New York, printemps 1965. "The Magic City" enregistré vers le 24 Septembre 1965

• Sun Ra – piano, clavioline
• Pat Patrick – baritone saxophone, flute, tympani
• John Gilmore – tenor saxophone
• Marshall Allen – alto saxophone, flute, oboe, piccolo
• Danny Davis – alto saxophone, flute
• Harry Spencer – alto saxophone
• Robert Cummings – bass clarinet
• Walter Miller – trumpet
• Chris Capers – trumpet
• Ali Hassan – trombone
• Teddy Nance – trombone
• Bernard Pettaway – trombone
• Roger Blank – Percussion
• Ronnie Boykins – bass
• Jimhmi Johnson – Percussion


Cette cité magique est une référence directe à la ville qui a vu naître Sun Ra, Birmingham dans l’Alabama, la ville la plus raciste de l’état le plus raciste des Etats-Unis. On y compte le record d’adeptes du Ku-Klux-Klan. La pochette, dessinée par Sun Ra lui-même, reproduit le dôme de la gare de Birmingham, enfant, il la voyait de chez lui...

On situe la naissance de Sonny Blount (alias Sun Ra),vers 1914. On comprend donc à quel point il a dû connaître la ségrégation, avec les jours où on pouvait et ceux auxquels on ne pouvait pas, un calendrier sinistre qui réglementait la liberté et piétinait l’égalité. Mais, malgré tout, Sun Ra vivait dans une sorte de cocon que lui avait tissé sa famille. On palabre beaucoup sur les traînées d’ombre, les silences et les dissimulations qu’il a effectués sur cette période de sa vie, occultant son enfance.

Très tôt il cultiva la différence, l’originalité, elle lui autorisait la frivolité que l’on accorde aux êtres exubérants, excentriques. C’est décidé, il est né de l’espace, poussière d’étoile anonyme… Grâce à ses talents de musicien, il pourra même aller à l’université, malgré la pauvreté et la couleur…ce qui est en soi remarquable dans un contexte où l’on déclarait : « Donnez de l’éducation à un nègre et vous le gâcherez pour la ferme ». On mesure également le courage qu’il lui fallut pour refuser de porter l’uniforme, pendant la deuxième guerre mondiale, au nom de l’objection de conscience. Les noirs Américains s’embrigadant en masse dans l’armée des Etats-Unis, espérant, en retour, l’égalité.

On comprend aussi son désir de quitter la région qui l’a vu naître, il préfère, dès que possible, s’installer à Chicago, creuset de l’AACM (Association for the Advancement of Creative Musicians). Les évènements violents qui accompagnèrent le mouvement des droits civiques, l’obligèrent à un retour vers ce passé qu’il n’évoquait que très rarement, ne correspondant que très peu avec sa famille. En 1963 des racistes incendièrent une église dans laquelle quatre fillettes périrent brûlées. L’une d’entre elle était la fille d’un ami musicien…

Que reste-t-il de son attachement à cette Cité Magique, titre de cet album ?
Il reste le rêve, le rêve d’une cité sans racisme, sans haine, d’une cité idéalisée pleine de musique et de liberté. Ce sera son parti pris pour cette œuvre, originale dans son parcours. L’un de ses albums studios les plus free et les plus débridés.

La première face est entièrement vouée à The magic city. On peut reconnaître deux parties importantes. Pendant la première on reconnaît Sun Ra, son piano et son clavioline, l’incontournable Ronnie Boykins à la basse, et par intermittence Roger Blank à la batterie. Cette section rythmique fait corps avec Sun Ra qui la dirige d’un accord, d’un signe de la main, d’un geste ou d’un basculement du menton, improvisant totalement la pièce. L’ambiance est mystérieuse, comme dans un rêve, mais sans chaleur. On sent de la gravité et une certaine rigueur, un climat qui habite souvent la musique contemporaine. Soudain, Marshall Allen, le fidèle, joue du piccolo et s’incorpore au trio, comme si la vie arrivait enfin...

Tout à coup, l’Arkestra dans son ensemble, bien emmené par John Gilmore et son saxophone ténor, intervient avec force et puissance, puis se rétracte lentement, laissant le ténor poursuivre son cri. Le baryton de Pat Patrick se lance à son tour dans une longue cavalcade en compagnie de Sun Ra. On reconnaît ensuite Marshall Allen et son alto, bouillonnant, à son habitude. Les chevaux sont lachés : l’arkestra est en mode free et déchire tout, la musique atteint une rare intensité dans la discordance, une force monumentale dévaste l’espace, tel un ouragan l’Arkestra dessine de nouvelles limites dans un jaillissement sonore éblouissant, ces mouvements d’expansion font à nouveau place à une phase intimiste, pendant laquelle seule Sun Ra improvise jusqu’au final joué à l’unisson par le tentet…

La seconde face se voit enrichie de quatre musiciens supplémentaires : un percussionniste et trois cuivres dont deux trombonistes, elle a été enregistré, semble t-il, dans le loft de l’influent percussionniste Babatunde Olatunji. Le premier morceau joué se nomme The Shadow world, il est introduit par une multitude de percussions qui bruissent et tissent un rythme sur lequel la basse joue une partie sautillante. Puis c’est Sun Ra et ses claviers qui entrent dans la danse, bientôt rejoints par le pupitre des anches d’où s’échappenty des solos, John Gilmore à l’avant-garde. Dans un mouvement intermédiaire, Sun Ra revient seul, au piano, puis évolue sur le tapis des percussions…telles des vagues déferlantes, les souffleurs s’invitent et terminent leur course sur la grève en jaillissements improvisés. La pièce est très belle et navigue entre mystère, vapeur et fourmillements créatifs.

Abstract Eye est dédié principalement à Ronnie Boykins et Jimmy Johnson qui dialoguent, quelques percussions s’ajoutent ici ou là, par intermittence. Abstract 'I' s’inscrit dans la même veine que le titre précédent, prolongeant la verve de notre contrebassiste, décidément très en pointe, sculptant les silences avec légèreté, dessinant un paysage sonore flottant, dans une atmosphère mystérieuse, relancé sans cesse par les instruments qui interviennent de façon percussive, créant un espace magique …

Un album intense et étonnant, novateur, un des sommets discographiques de Sun Ra pendant sa période free.




Non Connecté porige
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Posté le 12/01/16 à 23:36
Bon, Cush, par ta faute je me suis tapé ce soir "Sleeping Beauty", "Reflections In Blue" et "Magic City" auquel j'ajoute maintenant "Blue Delight" (un de mes chouchous car mon premier...)

merci donc

Non Connecté cush
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Posté le 13/01/16 à 00:45

porige a écrit :
Bon, Cush, par ta faute je me suis tapé ce soir "Sleeping Beauty", "Reflections In Blue" et "Magic City" auquel j'ajoute maintenant "Blue Delight" (un de mes chouchous car mon premier...)

merci donc


Ma foi il est de pire façon d'utiliser son temps! En tout cas c'est gentil de venir dans ces parages...

A propos de Magic City j'ai eu la surprise de le voir chroniquer par David Rassent sur son ouvrage "Rock Psychedelique" paru chez le mot et le reste. J'ai été très surpris. C'est un album de free Jazz, pas un album psyche! Il l'a intégré dans son ouvrage pour, je pense, faire rentrer la musique improvisée dans son projet, ce qui se conçoit bien, bon nombre de musiciens psyché déliraient bien sur scène, emportés par la fumée, en improvisant à partir des accords. Mais le choix de cet album de Sun Ra n'est pas forcément le plus évident, bien sûr le Sun était écouté par la jeunesse et le show sur scène était enthousiasmant, toutefois cet album n'est pas des plus accessible et je crains que plus d'un, en suivant ce conseil, ne soit déçu.
Il aurait sans doute été préférable de s'appuyer davantage sur le blues, prendre un album de Coltrane, de Pharoah Sanders ou de Shepp. Peut-être même le Dear Prof. Leary de Barney Wilen aurait été parfait...

Non Connecté cush
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Posté le 13/01/16 à 14:18
Sun Ra : The Sensational Guitars Of Dan & Dale - Batman And Robin (1966)

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Tifton ‎– 78002 /US 1966 (Mono)

Guitar – Danny Kalb, Steve Katz
Organ [Hammond B-3] – Sun Ra
Saxophone [Alto] – Marshall Allen
Saxophone [Tenor] – John Gilmore
Bass – Andy Kulberg, Pat Patrick
Drums – Roy Blumenfeld

A1 Batman Theme
A2 Batman's Batmorang
A3 Batman And Robin Over The Roofs
A4 The Penguin Chase
A5 Flight Of The Batman
A6 Joker Is Wild
B1 Robin's Theme
B2 Penguin's Umbrella
B3 Batman And Robin Swing
B4 Batmobile Wheels
B5 The Riddler's Retreat
B6 The Bat Cave

Peut-être avez-vous entendu évoquer Batman en parlant des disques de Sun Ra? A première vue il n’y a aucun rapport, et les deux univers semblent totalement étrangers l’un à l’autre, mais il ne faut jamais jurer de rien avec Sun Ra, oui, au détour d’une escapade interstellaire, il a bien rencontré Batman, d’ailleurs cet enregistrement en est la preuve la plus concrète.

Pour d’évidentes raisons qui concernent la sécurité nationale des Etats-Unis, la rencontre s’est déroulée dans un endroit tenu secret, en utilisant des pseudonymes sensés garantir l’anonymat des intervenants lors de cette entrevue. C’est donc caché derrière le nom de “The Sensational Guitars of Dan and Dale” que Sun Ra mènera le projet. Pas seul, bien entendu, quoiqu’ averti des règles du Showbizz, il se montre parfois tête en l’air… futé et malin, certes, mais un peu trop original. On lui adjoint donc un co-leader dans cette mission : Al Kooper, le vrai, celui du Blues Project. D’ailleurs Dan and Dale ce sont deux musiciens du Danny Kalb’s Blues Project: Danny Kalb and Steve Katz, futurs Blood, Sweat & Tears.

Les équipes sont donc ainsi formées : Marshall Allen, John Gilmore et Pat Patrick côté Sun Ra. Danny Kalb, Steve Katz, Andy Kulberg et Roy Blumenfeld côté Al Kooper. Pour bien brouiller les pistes, le dénommé Al Kooper démentira sa participation personnelle au projet, bien que son nom soit écrit en toutes lettres sur la pochette, une enquête habilement menée confirmera ses propos, il est bien absent du casting, les parties d'orgue sont bien toutes jouées par le Grand Céleste…

Pour faire bonne mesure on s’en tiendra à du solide rhythm and blues, de la musique carrée, nette, faite pour plaire au plus grand nombre. Surtout, on prendra bien garde à utiliser des titres libres de droits d’auteurs, tombés dans le domaine public… comme du Chopin, du Bach ou du Tchaïkovski !

Le Boss, grand concepteur du projet, est le producteur Tom Wilson, mandaté par une fabrique de jouets à Newark, dans le New Jersey, il n’a pas de mal à convaincre nos héros (pas Batman, mais l'équipe de Sun Ra ) à commettre un album pour surfer sur la vague Batman & Robin qui déferlait alors sur le monde des médias, à travers une série télévisée à l’intention des enfants…

Dès le premier titre "Batman Theme" de Neal Hefti, le public ayant acheté l’album peut se rendre compte qu’il y a maldonne, la version ici proposée est très différente de celle de la série TV…La pochette accrocheuse était un leurre…
On pense généralement que la voix féminine en avant des chœurs est celle de June Tyson, bien qu’elle ne soit pas créditée sur l’album. Le titre ne manque pas d’énergie et s’écoute fort bien, en tapant du pied (où (de-sur) ce que vous voulez…). C’est une musique joyeuse parfaite pour la danse, ou pour animer vos partys et vos soirées, propice à créer une ambiance festive et à faire tourner la tête à la plus rétive des chauves-souris !

On Remarque également le troisième morceau : Batman and Robin over the roofs, pièce de plus de sept minutes particulièrement réussie, un bon blues rock traversé par un solo de guitare bien décapant, probablement de Danny Kalb.
Robin's Theme qui ouvre la seconde face est également un superbe titre, bien enlevé et très rock, chanté par une June Tyson très funky. Sur The Penguin umbrella on peut reconnaître une Polonaise de Chopin, tandis que la Batmobile Wheels, elle, doit plutôt à Jean Sébastien Bach ! The Riddler's Retreat est également remarquable par les citations de she loves you des Beatles qu’on y entend. Par ailleurs les morceaux sont souvent traversés par des solos de sax chargés d’une lourde évocation érotico-chaloupée...

Si vous aimez Booker T. and the M.G.'s et le parfum des années 60 vous passerez un agréable moment, décalé ? Oui, négligeable ? Non…
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